chroniques en liberté

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France, l'agonie
Notre pays a dépassé un point de non-retour, prisonnier d’une situation de discorde généralisée qui le rend ingouvernable alors que le gouvernement a perdu toute marge de manœuvre.
Ce ne serait pas si grave si l’Etat était peu présent dans notre société, se contentant d’assumer les tâches régaliennes qui sont fondamentales à la cohésion sociale, ou s’il n’avait qu’un rôle subsidiaire comme dans les pays dont la culture libérale laisse prospérer de telles institutions pour le plus grand bonheur d’une société civile active et responsable.
Mais au pays du culte de l’Etat-providence, de l’Etat-régulateur et du commissariat au plan, c’est proprement dramatique. L’Etat est partout mais il n’est piloté par personne, si ce n’est des syndicats contestataires et politisés.
En France, on n’a pas de pétrole mais on a des syndicats pour paraphraser un slogan qui nous est cher. Il existe même désormais des syndicats lycéens dont les porte-paroles – sont-ils au moins majeurs, ont-ils le droit de vote ? – sont reçus par le ministre de la république sous la pression de la rue à nouveau prise en otage.
En arrivant au pouvoir, la droite, dans sa candeur légendaire, a offert l’ouverture à la gauche, croyant ainsi neutraliser toute opposition tout en déroutant son propre camp. Imagine-t-on un instant la gauche revenir au pouvoir en proposant à la droite une ouverture ? C’est impensable car impossible : elle se réjouirait trop de l’effondrement de la droite sans qu’aucun média ne voit dans une vague rose un péril pour la démocratie (alors que la vague bleue a suscité tant de polémiques à ce sujet).
C’est sans compter sur le reflexe ancestral de la gauche française : une fois dans l’opposition, elle pratique toujours l’opposition systématique et tout devient objet de polémique, se servant si besoin de la rue. Nous vivons ainsi dans un incessant troisième tour social, en pleine infraction des règles démocratiques.
Mais cela ne nous empêche nullement de donner des leçons de démocratie aux autres. Pourtant, dans ce contexte où l’autorité de l’Etat à l’intérieur des frontières est sans cesse bafouée, il ne faut pas se leurrer sur la capacité de la France à inspirer la confiance ou la crainte, à se faire respecter sur des valeurs fortes et affirmées.
Notre autorité à l’extérieur des frontières est fragilisée par la perte de nos propres points de repères à l’intérieur. Difficile dans ce cas d’impressionner les FARCs en Colombie ou d’impressionner les chinois alors que l’on tergiverse au sujet d’une éventuelle réception officielle du Daila Lama.
La réception en grande pompe du colonel Kadhafi a suscité moins d’état d’âmes. De toute façon, il faut être conscient que nous sommes parvenus aujourd’hui à un point où l’économie chinoise ne s’apercevrait pas d’un boycott des produits chinois par les consommateurs français, alors que l’inverse serait catastrophique pour notre économie.
Je me souviens d’avoir assisté aux émeutes dans les banlieues parisiennes de la Thaïlande où j’étais en mission de coopération. Le Bangkok Post faisait sa Une sur le thème « Paris brûle-t-il ».
C’est sans doute caricatural, aussi caricatural que les images que nous colportons de l’Asie ou de l’Amérique, mais c’est l’image que nous renvoyons aux autres sans cesse depuis trois décennies.
A chaque fois que nous organisons un colloque à l’université, je me trouve à affronter des problèmes de logistique (à cause de perturbations, de mouvements sociaux dans les transports) qui ne manquent pas de contrarier mes invités étrangers.
A chaque fois que je me trouve moi-même à l’étranger, je fais cette expérience de visionner les actualités internationales par le prisme des télévisions locales… et à chaque fois, les images montrent une France où se font face manifestants et CRS tandis qu’on se prend à croire à un nouveau mai 68.
Mai 68 a éclaté après une période de prospérité économique alors que les générations de fourmis ont engendré des générations de cigales.
Aujourd’hui, les conflits sociaux s’enlisent dans un contexte de près de trois décennies de croissance économique molle. On peut bien invoquer la situation internationale actuelle alors que l’économie américaine connait un ralentissement incontestable.
Mais notre pays est passé à côté de la croissance mondiale pour les mêmes raisons qu’il va souffrir de la morosité ambiante.
Aujourd’hui, n’importe quelle télévision du Monde – et la télé chinoise ne va guère s’en priver après toutes les leçons que nous faisons à la Chine – peut ridiculiser la France en se focalisant sur telle ou telle manifestation et en les sortant de leur contexte, en ironisant sur le meilleur modèle social du monde dans lequel les lycéens font la leçon au ministre de la république. « Voilà ce qui se passe dans le meilleur modèle du monde » ! J’ai déjà assisté à un tel reportage.
C’est sans doute ridicule mais notre télévision fait constamment la même chose quand elle veut effrayer le bon peuple en montrant l’Amérique sauvage, la dictature chinoise ou la Russie dépravée.
On se sent petit… mais l’hexagone est petit. Pourtant il continue de vivre sur la nostalgie d’un monde disparu, définitivement disparu.
Jean Louis Caccomo

0 1933
Le débat autour de la sécurité sociale est l’illustration d’un droit social qui a finit par détruire le droit individuel.
Pour sauvegarder un système, on en arrive à priver les individus d’une partie de leur revenu (qui est ponctionnée à la source sans qu’il s’en aperçoive réellement) et on leur impose un âge de la retraite, des modalités de remboursement qui sont modifiées de manière unilatérale…etc.
Cette épargne collective est en réalité une épargne forcée qui s’appuie sur la négation de la responsabilité individuelle et de la liberté de choix qui est son corollaire.
Car le comportement d’épargne est à l’origine l’expression d’une liberté, celle de disposer librement des fruits de son travail (c’est-à-dire de son revenu) en vue de se prémunir de certains risques (maladie, chômage, vieillesse).Le comportement d’épargne vient du fait que la vie est risquée. Les gens raisonnables – rationnels, dirait l’économiste – épargnent. Nous pouvons tomber malade ou perdre un emploi. Nous allons nous trouver un jour dans l’incapacité de travailler du fait de la vieillesse.
Que l’on appelle cela « précaution » ou « spéculation », l’épargne résulte d’une prise de conscience que l’avenir est partout et toujours incertain.
De ce point de vue, on étudie par précaution et lorsque l’on choisit une formation, on prend un risque, on spécule pour ainsi dire en pariant sur la qualité de la formation choisie.
L’épargne a vocation, dans le même temps, à financer les investissements qui sont à l’origine des processus de production et de croissance comme nous l’avons montré dans notre exemple du pain.Car seules les richesses, qui n’ont pas été détruites dans la consommation, sont disponibles pour l’investissement. Or, c’est justement la croissance qui contribue à l’élévation du niveau de vie dont une des retombées est de réduire les risques individuels pour les rendre plus supportables.Dans les pays en croissance, le chômage est plus faible et les maladies sont plus rares et moins meurtrières. Il vaut mieux tomber malade en France qu’en Ukraine. Pour s’en convaincre, promenez-vous en Russie, en Inde ou en Afrique.Certains rétorqueront : «alors pourquoi les anglais viennent se soigner en France ? ». Précisément parce que la santé est totalement étatisée en Angleterre et c’est précisément le seul secteur que Thatcher n’a pas osé réformer.

Les anglais paient aujourd’hui la facture d’une réforme avortée ; et les plus riches viennent se soigner en France. Mais ne raillons pas l’Angleterre.

Le plan Juppé a eu pour effet d’accélérer l’étatisation de notre propre système de santé et les socialistes ont amplifié le mouvement.

Ce que font les anglais aujourd’hui nous donne une bonne idée de ce qui attend les français demain si nous n’arrêtons pas le processus en cours.

L’épargne reste donc un comportement rationnel, sauf si l’individu pense qu’il existe un « trésor » bien caché dans lequel il pourra puiser en cas de coup dur.

Ce « trésor » mystérieux, c’est notre sécurité sociale (ou bien encore la « Française des Jeux »). L’invention de la sécurité sociale repose sur la croyance que l’on peut transformer un risque individuel, qui est un fait incontournable, en un risque social à travers une sorte de pathétique « pacte social ». Pour bien comprendre cette idée, rappelons les principes de base qui fondent notre système de sécurité sociale.

La sécurité sociale a été créée en 1945. Elle reposait au départ sur le principe de l’assurance. Imaginons que, suite à une maladie, le boulanger du village soit dans l’impossibilité de travailler pendant une semaine entière.
Face à cette éventualité qui peut toucher tous les boulangers, ces derniers décident de créer une caisse à laquelle ils cotisent chaque semaine lorsqu’ils travaillent. En échange, la caisse versera le manque à gagner en cas de maladie d’un de ses cotisants.
Cet accord se matérialise par un contrat d’assurance. Ce n’est pas un « pacte social » ; c’est tout simplement un contrat d’assurance classique entre deux parties consentantes. Le principe fonctionne sur la loi des grands nombres : tous les boulangers ne tomberont pas malade au même moment alors qu’ils auront tous cotisé. Dans ce cas, la prise en charge du risque individuel est possible sur la base du capital accumulé par les cotisants.
Dans cet exemple, il n’y a pas grand sens à faire semblant d’être malade car tant que vous n’êtes pas malade, votre capital accumulé augmente par le jeu des intérêts cumulés. Si vous trichez, vous volez votre propre argent, vous grignotez votre capital. Ce n’est pas un vol, c’est une bêtise ! Cela est très différent avec la sécurité sociale. Que vous soyez malade ou pas, votre cotisation est prélevée de force.
C’est obligatoire et vous n’avez pas votre mot à dire sur l’augmentation des cotisations alors même que vous n’accumulez rien.
Ceux qui trichent avec la sécurité sociale, en faisant semblant d’être malade ou d’être chômeur (alors qu’ils travaillent dans l’économie parallèle), sont loin d’être des idiots : ils ne se volent pas eux-mêmes mais profitent de l’argent de ceux qui sont enrôlés de force dans un pacte duquel ils ne peuvent se détacher.
Si ce n’est pas un comportement idiot, c’est bien du vol. Du vol légalisé sous le doux nom de solidarité ! Mais comme c’est le système qui induit de tels comportements, ce n’est pas les individus qu’il faut punir mais le système qui doit être réformé.Dans notre exemple de l’assurance du boulanger, on peut imaginer une multitude de caisses différentes et en concurrence, selon les risques couverts, selon les métiers concernés ou selon d’autres typologies. Si le boulanger n’est pas satisfait de son contrat ou de la gestion de sa caisse, il doit pouvoir en changer. Par contre, la sécurité sociale est un monopole.
En effet, le risque individuel se mut en risque collectif à partir du moment où le principe de redistribution se substitue au principe de l’assurance. Et pour pouvoir devenir un instrument de redistribution, la sécurité sociale devait donc s’imposer comme un monopole.Car  les citoyens avaient vraiment le choix dans le cadre d’un système libre et concurrentiel, ils quitteraient depuis longtemps la sécurité sociale qui nous ruinent tous à notre insu, mais ils y sont attachés comme un prisonnier attaché à son boulet…Jean Louis Caccomo

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La France en dépression

Le discours économique est chargé de vocabulaire psychiatrique, notamment la dépression. Ayant subi, bien contre mon gré, les affres et les infortunes de la persécution psychiatrique, je prends maintenant conscience combien cette grille de lecture permet de comprendre la situation de l’économie française en particulier, et de la société française d’une manière générale. Un individu, prisonnier de sa dépression, se coupe des autres et se referme sur lui-même dans un processus quasiment auto-destructeur car on ne peut vivre sans les autres. Il en est de même pour un pays qui court à l’asphyxie à force de se replier sur lui-même et ne n’entrevoir de l’extérieur que les « dangers de la mondialisation« . Cette vision négative de l’extérieur, du reste du monde, confine à la paranoïa.

Et, imaginez le cas d’un patient qui se porte bien et à qui on administre, à doses sévèrement lourdes, un traitement inadapté. Il y a fort à parier que son état se dégradera très rapidement et qu’il s’enfoncera dans un état dépressif qui finira par auto-justifier le diagnostic initial, au risque de maintenir en place des praticiens incompétents sinon dangereux. Il en est exactement de même pour nos dirigeants quand ils s’obstinent à administrer à notre pays des politiques totalement dépassées, inadaptées et néfastes au point qu’elles finissent par détruire une économie qui fut parmi les plus puissantes du monde il y a quelques décennies.

Mais, on finit par maintenir au pouvoir ceux-là même qui nous ont plongé dans la dépression collective. Comment peut-on attendre une solution de la part de ceux qui sont à l’origine de nos problèmes ? L’esclave en vient à adorer son maître et le piège se referme sur un peuple enchaînée tandis que les plus lucides, qui ne veulent pas sombrer dans la dépression, s’expatrient. Pourquoi croyez-vous que la France compte parmi les pays les plus consommateurs de psychotropes ? D’ailleurs, il est intéressant aussi d’observer que nous avons le taux d’activité le plus faible en comparaison des autres pays développés : moins de la population totale compte dans la population active.

Si l’on retranche de cette dernière les chômeurs, qui sont à la charge des actifs – tout comme les jeunes et les retraités -, il en résulte qu’une partie toujours plus infime et minoritaire de la population totale doit supporter le train de vie de l’ensemble. Autrement, les actifs deviennent hyperactifs. C’est quand on a subit personnellement un acharnement thérapeutique si violent, qu’il vous fait descendre au plus profond des abysses, que l’on peut comprendre à quel point ce parallèle est instructif car la France subit bien, depuis au moins trois décennies – et les alternances n’y changent rien – un acharnement idéologique qui conditionne des politiques économiques aboutissant progressivement, mais inéluctablement, à la destruction de notre économie, ce qui conduit mécaniquement à l’effacement de la France de la scène mondiale.

Car, sans économie puissante, il n’y a aucune influence possible, qu’elle soit culturelle, géopolitique ou militaire. Et, ce constat nous amène à nous refermer sur nous-même, comme un dépressif, prétendant que tout le reste du monde à tort – c’est la faute à la mondialisation – et que le modèle français – que personne n’imite – est le « meilleur du monde« .

Il n’y a que ceux qui ne voyagent jamais qui peuvent encore croire aux chants trompeurs de ces sirènes infernales, destinés à nous endormir pour mieux nous tondre et nous spolier. A moins qu’un jour les français ne se réveillent…en espérant qu’il ne soit pas trop tard. Car, certains ne sortent jamais de la dépression. J’en ai vu sombrer définitivement hélas…

Jean Louis Caccomo

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