Une infirmière partage ses inquietudes quant au devenir de l’hopital public…

Une infirmière partage ses inquietudes quant au devenir de l’hopital public…

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Le conflit actuel à L’APHP pousse la communauté infirmière à se lever et à s’adresser directement à leurs « dirigeants ». Dans sa lettre à Martin Hirsch, Clémentine Fensch interpelle le directeur de l’AP-HP, dans un discours qui a bouleversé ses pairs et l’opinion publique. Yaëlle Herz, va plus loin. Elle s’en remet au Président de la République espérant ainsi être (enfin) entendue…

Monsieur le Président,

Je suis infirmière à l’hôpital Rothschild dans un service de rééducation neurologique (mais le service importe peu). Je vous écris ce jour pour vous transmettre mon indignation, mon incompréhension, mon dépit et mon inquiétude…

Mon indignation tout d’abord…

Une infirmière partage ses inquiétudes quant au devenir de l’hôpital public…
Il m’est pénible de penser que la santé puisse devenir un secteur rentable et qu’ elle serve aujourd’hui de bouclier, pour mettre en place des mesures d’économies reposant essentiellement sur ce qui constitue le pilier sine qua non des hôpitaux, à savoir les soignants.

Que signifie concrètement faire grève pour un soignant ? Nous sommes assignés dans nos services… Quels soins pouvons-nous refuser de pratiquer afin de manifester notre mécontentement ?

Aucun. Ils sont tous nécessaires. La charge de travail est augmentée. Aucun soignant « n’abandonne » volontairement ses collègues. Aucun soignant n’abandonne ses patients. Il serait criminel de les prendre en otage. Mon indignation naît de cette simple réalité que les dirigeants n’ignorent pas et qui nous rend vulnérables dans la lutte qui est silencieusement la nôtre. La donne des négociations est pipée.

Que signifie concrètement faire grève pour un soignant ? Nous sommes assignés dans nos services…

Mon incompréhension, aussi…

Si ma mémoire est bonne, les 35 heures sont le fruit de choix gouvernementaux socialistes. Elles devaient permettre la création d’emplois et l’allègement d’une charge de travail déjà importante. Aujourd’hui je vous entends rappeler à quel point l’emploi et la baisse du chômage sont vos priorités. Mais je comprends mal comment les réformes imposées par Monsieur Hirsch participeraient à servir vos desseins et défendre vos valeurs sociales.

Mon dépit, également…

La réduction du temps de travail s’est accompagnée à l’AP-HP de l’instauration de ce que nous nommons la « grande équipe ». Un efficace stratagème qui rend les agents plus mobiles et flexibles sur leurs horaires et leurs jours de repos. Cette organisation permettrait ainsi à l’hôpital public de mieux faire face aux carences liées à l’absentéisme ou, d’une façon générale, au manque d’effectifs. Aujourd’hui la « grande équipe » constitue l’engrais le plus fertile à une déshumanisation des politiques de management.

J’ai été éduquée à rédiger ce genre de lettre, avec l’idée maîtresse qu’elle ne doit pas être empreinte d’émotions et d’affects. Une telle correspondance doit au contraire se contenter d’être la plus factuelle possible. Alors voici les faits :

nous n’avons aucune visibilité sur nos plannings avant le 15 du mois précédent, exceptés les week-ends qui reviennent immuablement une semaine sur deux ;
le roulement matin/après-midi et le choix de nos jours de congés (y compris les RTT et autres repos) sont imposés ;

ce planning est « sous réserve de modifications » impromptues. Il plane donc sans cesse au dessus de nous la menace d’une modification pour laquelle nous ne sommes pas consultés (au sujet de nos possibilités et disponibilités). De ce fait, il nous faut quotidiennement consulter les plannings.

En d’autres termes, il nous est pernicieusement signifié que notre vie doit s’organiser autour des besoins de l’AP-HP et se plier aux obligations de notre service. Dévoués aux patients. Dévoués à l’hôpital… Cette pratique crée une souffrance sourde, inexprimée et inentendue qui participe immensément à un dépit, une acceptation triste voire une résignation amère. Les RTT représentent notre oxygène, celui qui nous aide et qui nous permet de « tenir ».

Des faits encore : Il m’arrive bien souvent de lire que « les patients ont changé ». Leur souffrance, leurs douleurs et leurs besoins ont-ils changé ? La lutte contre la maladie ou son acceptation ont-elles changé ? Le handicap a-t-il réellement changé ?

Par contre, une chose est certaine : les notions de responsabilité et de culpabilité ont changé. II nous est exigé une traçabilité de plus en plus importante et contraignante. J’ai connu les 39 heures et je peux témoigner que les 35 heures nous ont forcés à effectuer le même travail technique et relationnel dans un temps plus restreint. A ce temps, nous avons dû inclure l’application correcte de procédures de traçabilité. Ce temps dédié n’est aucunement chiffré et quantifié. Il est bien souvent responsable de débordements quotidiens de notre temps de travail.

Nous rencontrons de plus en plus de patients exigeants , procéduriers qui, in fine, réclament d’être écoutés et entendus.

Il plane sans cesse au dessus de nous la menace d’une modification de planning pour laquelle nous ne sommes pas consultés.

Alors mon inquiétude. Évidemment…

Celle de devoir consacrer encore moins de temps à ceux pour lesquels je me lève à 5 heures du matin, ou rentre à 22h30 le soir. Celle de devoir éconduire les patients pour essayer de terminer ma journée à peu près à l’heure ou de transmettre au mieux à l’équipe qui prend ma relève les informations nécessaires au suivi optimal de leur prise en charge.

Mon inquiétude de devoir écorcher l’essence même de mon métier, à savoir la clinique. Celle qui, étymologiquement, m’amène au chevet de mes patients, auprès d’eux. Celle qui me permet de me sentir utile. Celle qui fait de moi autre chose qu’un simple dispensateur de soins. Celle qui me fait aimer mon métier. Mon inquiétude de ne pas être écoutée et entendue à mon tour, aussi…

Mais je souhaite également, Monsieur le Président de la République, vous exprimer ma fierté. Celle de participer à cette magnifique institution propre à la France et qui n’existe nulle part au monde. Oui, je suis fière d’être une soignante française. Et je refuse de me résigner à penser que vous défendez ou acceptez un projet qui atteint les soignants au plus profond de leur intégrité professionnelle.

Nous partageons des valeurs fortes telles le respect, la collaboration et l’optimisme. C’est pourquoi je me permets de vous inviter à participer à un véritable échange au cours duquel nous pourrions réfléchir ensemble au meilleur moyen de « sauver l’hôpital public ».

Car j’entends et comprends aussi la nécessité de certains remaniements motivés par des économies raisonnées. Instiguons une nouvelle « grande équipe » ! Monsieur le Président de la République, espérant que vous lirez cette lettre, je vous prie d’agréer l’expression de ma plus haute considération.

Les RTT représentent notre oxygène, celui qui nous aide et qui nous permet de « tenir ».

Source : infirmiers.com

1 COMMENT

  1. s en fout le president: l ethique qu on vous demande d « appliquer aupres des malades c est pas pour lui ,
    lui et beaucoup de ses pairs appliquent des lois ultra liberales cad ils vont privatiser tous les secteurs professionnels du pays , plus de secteur public, plus d administration tout devient privé et point barre cela remonte aux annees Pompidou quand les banquiers, comptables,mathematiciens ont decides de tout posseder, ils y arrivent tres bien et c est pas fini, ils vont depecer ce pays car ce qui compte c est le chiffre et rien d autre.

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