Comme promis je vous écris pour vous raconter mon aventure américaine,
Apres avoir été directeur le labo d’analyses pendant 12 ans dans la région de Bordeaux avec une double casquette de médecin biologiste et endocrinologue (J’ai fait partie de la dernière promotion ou les CES n’étaient pas encore remplaces par l’internat tel qu’on le connait aujourd’hui et ou il était possible de faire 2 spécialités en même temps), J’ai décide de changer d’air et de direction: plusieurs raisons a cela:

1) une énième reforme de sante qui une fois de plus réduisait les tarifs de biologie et me forçait a licencier une bonne partie de mon personnel ( de 1990 à 2002 j’ai du passer de 26 a 7 employés) et je n’avais pas choisi ce métier pour mettre a la porte des gens sympas et compétents mais survie oblige..

2) le manque total de visibilité a long et moyen terme sur ce que la profession allait devenir et a ce moment la l’idée germait déjà que des groupes financiers rachèteraient les labos pour les regrouper comme c’est le cas aux USA.

3) Ma femme qui est américaine et qui est du genre dynamique et entrepreneuse ne s’est jamais habituée a la mentalité Française qui est il faut l’avouer une mentalité d’assiste pour beaucoup de concitoyens et ou l’état inhibe toute initiative. J’ai donc mis mon labo en vente et mes économies en poche nous avons migre vers les états unis en Floride.

Pourquoi la Floride? Tout simplement parce que il y fait beau 90% de l’année, la plage n’est jamais loin, les gens y sont amicaux et accueillants pour les Français (qui y sont d’ailleurs nombreux. On estime a près de 600 000 le nombre de Français vivant en Floride, principalement dans la moitie sud), et entre autres le permis de conduire Français y est reconnu et il n’est pas nécessaire de le repasser comme c’est le cas dans 48 autres états américains.

A mon arrivée nous avons donc achète une maison (c’était en 2003, et j’avais 45 ans a l’époque) et je me suis replonge dans mes études pour passer les équivalences de diplômes qu’on appelle ici les USMLE. Ces USMLE sont sépares en 3 exams: USMLE 1: examen de 8 heures avec si je me souviens bien 8 modules de 50 questions (1 heure par module) avec questions a choix multiples sur les sciences de base (anatomie, physiologie, biologie, etc).

Cet exam m’a donne du mal et a été long a préparer car la quasi totalité de ce que j’avais appris pendant mes 3 premières années de médecine était déjà oubliées. 2: USMLE 2: des cas cliniques avec réponses a choix multiples, très facile .USMLE 3 examen d’un patient qui en fait est un acteur paye par la fac et mimique une maladie et ou on est note sur son approche du patient, ce qu’on appelle ici les « bedside manners ». Très facile.

Cet examen il y a peu a été remplace par une version allégée de l’USMLE 2. Ces examens peuvent être passes dans le désordre, mais mon avis est de commencer par le plus difficile. En parallèle j’ai passe le TOEFFL, examen écrit d’anglais qui est facile et de niveau classe de 6eme. En attendant mes résultats (ca a pris 3 mois) j’ai envoyé mon CV à plusieurs universités pour un intensif et sur 15 lettres j’ai reçu 8 réponses favorables. En tant que médecin étranger les choix de spécialités sont très limites aux USA, et on ne peut prétendre qu’a médecine générale ou maladies infectieuses ou des spécialités peu recherchées comme pathologie.

Certains états aussi sont plus favorables à l’accueil de médecins étrangers, c’est le cas de Washington DC, la Floride, la caroline du sud et pas mal d’états du mid West.

J’ai donc choisi médecine générale et me suis retrouve dans un programme d’internat qui en fait s’est solde par 2 matinées par semaine et pendant 1 an au lieu de 3. Ils tiennent comptent de l’expérience passée. Mon diplôme en poche et ne connaissant pas suffisamment les rouages de l’assurance maladie américaine, j’ai ouvert un service de SOS doctors, ou je faisais les urgences principalement dans des grands hôtels pour touristes riches. Comme je ne pouvais pas tout faire tout seul j’ai embauche des médecins mais très vite ca a été l’impasse car peu de médecins américains acceptent de travailler pour moins de 200 000 dollars par an et n’acceptent pas de travailler après 4 heures de l’après midi ou les weekends.

Apres 1 an et demi j’ai dévissé la plaque et ai monte une société de chirurgie internationale ou j’ai essaye de faire venir en France et au Mexique ( a Cancun) des patients américains en mal de couverture médicale, mais la quasi je me suis heurte a 3 problèmes, le fait que peu de médecins Français parlent suffisamment anglais pour dialoguer avec ces patients, des problèmes légaux de suivi post op, et le fait que les chirurgiens Français et mexicains que j’avais recrute ont commence très vite a voir des dollars partout et ont double voire triple leurs tarifs ( dans la mesure ou la sécu n’entrait pas en jeu) ce qui a été un frein brutal a ce genre d’activité.

Finalement, et parce que dans le même temps j’avais monte une école d’entrainement de médecin et infirmiers étrangers pour les aider à repasser leurs diplômes, j’ai été mis en contact avec un étudiant qui participait comme régulateur a des études cliniques.

J’ai trouve l’idée intéressante et ai ouvert mon propre centre de recherches cliniques. Je passe des contrats avec des compagnies pharmaceutiques qui me payent pour mettre à exécution leurs protocoles de recherche sur des patients volontaires. Pour ne pas me casser la tête et éviter toutes formes de risques, je ne fais que des phases 2 ou 3. J’ai commence il y a 3 ans, j’ai maintenant une moyenne de 5 a 7 études qui tournent en permanence, J’ai embauche 2 infirmières et 4 techniciens ainsi qu’un médecin assistant, je vois entre 15 et 20 patients par semaine, chaque visite étant payée entre 1000 et 2000 dollars , mon cabinet ferme a 13h ainsi que les samedis et dimanches. Le travail est intéressant, et je suis ravi d’avoir saute le pas. Les patients sont ravis de participer car ils reçoivent des médicaments gratuits (ici les médicaments sont affreusement chers (entre 8 et 10 fois plus qu’en France) et les assurances médicales n’en prennent en charge qu’une toute petite part.

En 2006, j’ai aussi envoyé une copie de mes diplômes au GMC anglais pour obtenir une équivalence de mes diplômes Français ce qui me permet si je le souhaite d’aller travailler de temps en temps aux Bahamas qui sont toujours sous coupe anglaise en ce qui concerne la reconnaissance de diplôme. En conclusion, sauter le pas n’est pas facile, mais les obstacles sont tout à fait franchissables comme la langue par exemple qui s’apprend très vite en immersion complète, et compte tenu de ce qui s’annonce en France, si c’était à refaire, je recommencerais sans l’ombre d’une hésitation.

PS: petite cerise sur le gâteau, l’obtention d’un deuxième passeport est plutôt sympa quand il on aime voyager.

Très amicalement, Bruno Médecin

1 COMMENT

  1. Bonjour, j’aimerais vous poser quelques questions à propos de votre expérience aux Etats-Unis. Je suis médecin urgentiste et journaliste scientifique et je travaille sur un documentaire sur les systèmes de santé en France et à l’étranger.
    Merci d’avance,

    Cordialement

    Sarah Balfagon

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