Tarif des médecins : l’Etat profite de notre vocation pour abuser de...

Tarif des médecins : l’Etat profite de notre vocation pour abuser de notre dévouement

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La négociation avec l’Assurance-maladie s’est ouverte ce 24 février et va durer six mois. Pessimiste, le psychiatre Jean-Christophe Seznec ne voit pas comment ces discussions peuvent être constructives et honnêtes dans le contexte actuel.

Les médecins ont les nerfs à vif ! Comment va-t-il être possible de signer une nouvelle convention médicale avec l’assurance maladie dans ce contexte ?

Après avoir passé deux ans à lutter au coté de l’Union Français pour la Médecine Libre pour l’abrogation d’une loi de santé qui a mis tous mes confrères en colère et qui a réussi à fédérer tous les syndicats de médecins libéraux qui ont unanimement boycotté la conférence de la santé, après avoir participé à une grève des médecins sans précédent le 13 novembre dont le succès a été éclipsé par les dramatiques attentats, après avoir fait face au mépris de Marisol Touraine qui n’a jamais voulu véritablement dialoguer avec les médecins libéraux et les entendre, après avoir entendu la conseillère de notre ministre, Madame Dormont, dire qu’il faut supprimer la médecine libérale, je me demande comment il va être possible de signer une nouvelle convention avec l’assurance maladie dont les négociations débutent le 24 février 2016.

Les médecins français sont les moins bien payés d’Europe

En effet, en décembre 2015, il s’est tenu les élections URPS. Celles-ci ont permis le renouvellement des représentants syndicaux des médecins au sein des différentes chambres régionales. La ministre a tenté de maintenir des partenaires favorables à sa politique en anticipant ces élections. Malheureusement pour elle, de nombreux syndicats représentant la contestation actuelle siègent dorénavant dans les instances avec qui il va falloir apprendre à discuter.

A la suite de ces élections, une nouvelle convention doit être signée entre les représentants syndicaux et l’assurance maladie concernant le prix des actes médicaux remboursé par la CPAM. La discussion a commencé aujourd’hui. Le contexte n’a jamais été aussi tendu entre les médecins et les caisses pour de nombreuses raisons.

La première étant que les médecins sont pressurisés depuis de nombreuses années par l’Etat qui profite de leur vocation pour abuser de leur dévouement toute en les culpabilisant régulièrement. Leur rémunération a augmenté de 4,5% en 30 ans. Si elle avait suivi l’évolution du Smic, la consultation du médecin généraliste ne serait pas à 23 euros mais à 48 euro ! Les médecins français sont les moins bien payés d’Europe. La rémunération n’a jamais été corrélée avec l’évolution du cout de la vie.

Une approche stalinienne de la santé au profit des mutuelles

La seconde vient du fait que la Loi santé a été votée contre l’ensemble du corps médical. La base s’est réveillée et a exprimé des demandes en opposition avec les conventions précédemment signés par les précédents représentant syndicaux ce qui a aboutit à une modification de la représentation syndicale dans les chambres.

Ensuite, Thomas Diétrich, le président de la conférence de la santé, a récemment démissionné dans un grand fracas devant l’absence de démocratie de la part du ministère. Il a mis en cause une approche stalinienne de la santé au profit des mutuelles.

Mais aussi, la CPAM affiche ouvertement une approche comptable de la médecine qui est coupée de la réalité de l’exercice de la médecine. En effet, seule la consultation est rémunérée (rencontre physique entre un patient et un médecin.) Il est tout a fait illégal de facturer un acte en dehors de cette situation. Tout le reste de l’activité de votre médecin ne l’est pas.

La sécurité sociale ne sait pas qu’un médecin utilise dans sa pratique quotidienne le téléphone, internet, Skype, des iMessages, des boites mail, des pièces jointes à lire, des relations avec l’hôpital, des déplacements pour voir ses patients hospitalisés, des parents angoissés qui téléphonent tard le soir, des lettres d’adressage, des demandes d’avis d’expertise, des lettres aux juges ou aux assurances, des coups de fil d’avocats, de magistrats, d’assistante sociale, etc.

Pour la CPAM, le travail du médecin est uniquement de recevoir un patient et de prescrire. Point ! Dans ce cadre, un médecin doit le faire le plus vite possible, si il veut gagner sa vie en prenant le risque de ne pas toujours proposer la meilleure prise en charge et de se faire reprocher de trop prescrire.

Des rémunérations « à la performance » organisés par la CPAM

Autre problème, cette médecine est devenue industrielle avec des rémunérations « à la performance » organisés par la CPAM, cette dernière harcèle les médecins qui sortent des clous du fait de la spécificité de leur pratique en n’hésitant pas à organiser des procès pour des délits statistiques (c’est-à-dire contre ceux qui dépassent les moyennes nationales).

Pour couronner le tout, l’Etat a organisé un grand conflit d’intérêt afin de tenter de verrouiller les signatures des syndicats de médecins. En effet, savez-vous qu’en France, le financement des syndicats des médecins libéraux s’effectuent à l’aide de subvention de l’assurance maladie. Vous me direz que c’est la même chose que pour les partis politiques qui touchent une subvention en fonction du nombre de voix. Oui, mais les hommes politiques, une fois élu, sont libre de voter comme il le souhaite.

Ce n’est pas le cas pour les syndicats des médecins libéraux. Ils reçoivent leur subvention uniquement s’ils signent la convention. Dans le cas contraire, ils ne peuvent pas siéger à de nombreuses réunions notamment pour discuter des amendements de la convention qui régit l’exercice des médecins. Lors du vote de l’avenant 8 qui a préparé à la Loi santé, le CSMF a touché 1 068 700, le SML 900 000 euros et le MG France 731 250 euros suite à leur signature. Ensuite la FMF a signé tout en dénonçant ce principe de subventionnement.

Seul le BLOC n’a pas signé, faisant ainsi l’impasse sur 300 000 euros par an. Cette subvention dépasse fréquemment l’argent récolté par les cotisations des adhérents.  De ce fait, le financeur principal des syndicats n’est plus les médecins libéraux mais l’assurance maladie.

Comment signer une convention honnête dans ce contexte ?

Ainsi, la CPAM organise un système pervers qui soumets les médecins via les syndicats qui les représentent en achetant leur vote. Il s’agit d’un véritable déni de démocratie. Lorsque l’on sait que l’état a voté une loi afin de compter les cafés payés par l’industrie pharmaceutique et que de l’autre coté il organise un véritable conflit d’intérêt via l’assurance maladie !

D’un coté, on vous dit que l’Etat fera tout pour que votre médecin n’utilise pas son stylo publicitaire pour prescrire sous la dictée de l’industrie mais il ne vous dit pas qu’il fait tout pour que votre médecin fasse la médecine décidée par l’Etat et les mutuelles. Est-ce la justice ?

Alors comment sera-t-il possible de signer une convention honnête et juste dans un tel contexte ?

  • L’assurance maladie ne voudra pas dépenser plus d’argent pour rémunérer les médecins en omettant de prendre en compte le fait qu’un médecin mieux rémunéré prendra plus de temps avec son patient, le soignera mieux et donc coûtera moins au budget de la santé. Il pourra ainsi s’appuyer sur une relation thérapeutique de qualité qui est le préalable à tout soin au lieu d’une relation de consommation que l’on observe de plus en plus au détriment des patients.
  • Les syndicats auront-ils le courage d’être honnête et de résister à la tentation de l’argent et de se faire « acheter » par l’état ou se soumettront ?
  • Le torchon va-t-il bruler entre la CPAM et les médecins avec une émancipation de ceux-ci d’un système de plus en plus stalinien et en contradiction avec l’art de la médecine et le serment d’Hippocrate?
Un système au bord de la faillite 

Le système de santé français est au bord de la faillite (-13,2% de médecins en activité entre 2007 et 2015, c’est l’île-de-France qui a eu la plus grande baisse -16.2%). Les médecins sont fatigués et pessimistes. Le conseil de l’ordre a d’ailleurs diligenté une enquête cet hiver qui a montré que :

  • 55% des médecins ont pessimistes sur leur avenir professionnel VS 39%
  • 74% sont pessimistes pour l’avenir de la profession
  • 97% déplorent trop de contraintes réglementaires, économiques et administratives
  • 91% estiment que leur mission de service public est mal reconnue
  • 82 % pensent que le système se détériore, 86% sont pessimiste pour l’avenir et 95%  pensent qu’il y a une nécessité de réformer le système.

Les médecins présentent une souffrance au travail non reconnu. Ils n’ont pas les mêmes droits sociaux que les salariés : ils doivent attente 90 jours pour toucher des droits de la sécurité sociale pour un arrêt de travail. Sur les réseaux sociaux, ils expriment leur désarroi face à leur situation professionnelle et à la difficulté pour exercer correctement leur métier en libéral.

Alors, comment va-t-il être possible de discuter pour signer une nouvelle convention? Est-ce que les syndicats vont privilégier les revendications de la base qui n’ont pas été entendues lors du vote de la Loi santé ou ils vont se fourvoyer pour toucher la subvention de l’Etat qui leur permet de vivre ?

Par Jean-Christophe Seznec PsychiatrePublié le 27-02-2016 dans l’OBS Le Plus

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1 COMMENT

  1. Euh petite précision.

    Subvention de l’ETAT = fruit de notre travail à tous (impôt charge social tva ……)

    Syndicat = Corrompu (car acheter par l’argent que je gagne)

    Non seulement ils ne me défendent pas mais en plus l’état va m’augmenter mes charges pour corrompre les premier.

    La vaseline j’en ai toujours un tube mais là je vais devoir renouveler le stock et en avoir en réserve.

    A quand 1789 le bon vieux temps ou les têtes des dirigeants étaient au bout d’une pique.

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