Sécurité sociale : abolir le monopole plutôt que traquer les chômeurs

Sécurité sociale : abolir le monopole plutôt que traquer les chômeurs

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Par Marius-Joseph Marchetti, le 21 juillet 2015 dans Social

L’État, sous couvert de solidarité, a nationalisé le secteur de la santé.

La polémique du moment est la « traque des chômeurs » mise en place depuis quelques temps en PACA et Charentes, pour expérimentation en attente de sa généralisation. Car il est plus facile de traquer les chômeurs que ceux qui les fabriquent. Mais comme disait Margaret Thatcher, la pauvreté est le sol nourricier du socialisme. Pas étonnant donc que les étatistes prennent des mesures de facilité plutôt que se remettre en cause.

Cette traque est le résultat de la fusion de deux branches, qui a accru les fonctions d’une troisième activité. En nationalisant l’assurance-maladie et l’assurance-chômage, l’État a confondu ensemble l’activité d’assurance et la solidarité. L’assurance est ainsi une activité qui n’entraîne pas de redistribution particulière. Des individus ayant des risques similaires, comme la maladie, mettent en commun des ressourcesYv  qui iront en partie aux assurés qui seraient touchés par des dommages.

Le risque variant selon les individus, le montant de l’assurance varie lui aussi selon le risque encouru. L’assurance n’est ainsi pas une forme de solidarité mais simplement un outil permettant de garantir la réparation d’un risque lorsqu’il se produira. Ceci ne relève pas de la solidarité puisqu’il n’y a pas de dons entre les différents individus assurés.

Ceux n’ayant pas d’accident ne sont pas solidaires de ceux qui en ont eu. La fonction de solidarité, quant à elle, est une fonction gérée par des individus bien-portants qui donnent de leur argent, de leur bien ou de leur temps à des individus en situation de difficulté, sans rien attendre en retour. Les sociétés de secours mutuel n’ont pas attendu l’État pour émerger. D’ailleurs, c’est de sa responsabilité si, en France, elles se sont éteintes.

« J’ai vu surgir spontanément des sociétés de secours mutuel, il y a plus de vingt-cinq ans, parmi les ouvriers et les artisans les plus dénués, dans les villages les plus pauvres du département des Landes […] Dans toutes les localités où elles existent, elles ont fait un bien immense […] » — Frédéric Bastiat

La prédiction de Frédéric Bastiat, énoncée dans Harmonies économiques, s’est révélée affreusement exacte. L’État, sous couvert de solidarité, a nationalisé le secteur de la santé. Il a promis que par l’impôt, il l’accroîtrait à un niveau bien supérieur. Mais comme l’avait effectivement prévu Frédéric Bastiat, de cette institution serait bannie toute Responsabilité, car le pilier qu’était la Liberté avait été détruit. L’efficacité des sociétés de secours mutuelles résidaient dans le fait majeur qu’elles étaient libres.

Le surcoût et la fraude émergeront, le déficit sera sans cesse grandissant, et les impôts n’auront de cesse d’augmenter.

« Mais je le demande, que sera devenue la moralité de l’institution (secours mutuel) quand sa caisse sera alimentée par l’impôt ; quand nul, si ce n’est quelque bureaucrate, n’aura intérêt à défendre le fonds commun ; quand chacun, au lieu de se faire un devoir de prévenir les abus, se fera un plaisir de les favoriser ; quand aura cessé toute surveillance mutuelle, et que feindre une maladie ce ne sera autre chose que jouer un bon tour au gouvernement ? » — Frédéric Bastiat.

C’est dans cette optique que les sociétés de secours mutuel étaient opposées à la mise sous tutelle de l’État qui aura lieu en… eh non, pas en 1945, mais en 1942. C’est-à-dire sous le régime de Vichy. Car la Sécurité Sociale française est avant tout un héritage de Vichy. C’est Pétain qui en a posé les bases en 1942 et qui seront reprises par le Conseil national de la résistance en 1945. L’État pétainiste nationalise les 33 plus grandes sociétés d’assurance et inaugure le désormais célèbre numéro de Sécurité Sociale.

L’État, en confondant assurance et solidarité, a permis l’augmentation toujours constante de son poids dans tous les domaines. Il a enfin eu une justification pour contrôler votre compte en banque, vous dire comment vous nourrir, quoi boire et quel doit être votre poids. Cela justifie également la traque aux chômeurs qu’il a engagée.

pole emploi rené le honzecMais un question peut se poser : quel lien peut-il exister entre assurance-maladie, assurance-chômage et travail ? Si vous êtes malades, vous n’attendrez certainement pas d’avoir un travail pour vous soigner. C’est pourtant la logique sous-jacente de ce système. Dans un régime libre, vous épargnerez pour pouvoir amortir le choc en cas de chômage et retrouver un travail qui vous corresponde. Dans un système où les termes du contrat changent en permanence car on décide pour vous, ce n’est pas possible. Dans un système étatisé, il n’y a que deux solutions possibles : le surcoût des soins dont la qualité diminue, ou carrément la répression. Ce sont les monopoles publics et leur réglementation qui illustrent le mieux la théorie du monopole, à savoir que celui-ci dispose de deux choix fondamentaux pour augmenter son profit : diminuer les quantités offertes ou augmenter ses prix.

La branche bureaucratique (comprendre les vassaux de l’État), augmente inexorablement avec la fusion de l’assurance et de la solidarité.

« Le gouvernement, il faut lui rendre cette justice, est enclin à se défendre ; mais ne pouvant plus compter sur l’action privée, il faudra bien qu’il y substitue l’action officielle. Il nommera des vérificateurs, des contrôleurs, des inspecteurs. On verra des formalités sans nombre s’interposer entre le besoin et le secours. Bref, une admirable institution sera, dès sa naissance, transformée en une branche de police. » — Frédéric Bastiat, Harmonies Économiques.

Mais dans la confusion générale, il est clair que l’État a annihilé ses objectifs visibles, à savoir assurer une bonne qualité de soin à sa population à des coûts qui ne soient pas prohibitifs. Son objectif principal, celui dont il ne se vante pas, a cependant bien été atteint ; il jouit désormais des revenus de dizaines de millions de personnes, en leur demandant qui plus est, peu ou prou, de le remercier.

Le monopole public, notre « fierté française » signe la mort de nos artisans, commerçants, entreprises. C’est également un déficit de bien plus de 10 milliards d’euros par an. La Sécurité sociale rembourse tellement mal que les affiliés ont l’obligation de souscrire à une mutuelle (mutuelles auxquelles il n’y aurait pas nécessité de souscrire avec une assurance privée remboursant mieux, comme nous le raconte Laurent C.). Les syndicats patronaux et salariaux n’hésitent pas l’utiliser comme manne financière (cf. Rapport Perruchot). Grâce à la Sécurité sociale, le salaire net d’un employé correspond à la moitié de ce qu’il coûte à son employeur. La Sécurité sociale, ce sont aussi des contrôles incessants qui encouragent de plus en plus de ménages à s’installer en Suisse ou au Royaume Uni, par exemple.

Une assurance privée présente l’avantage que vous n’aurez pas à assumer ses déficits et à la sauver sans cesse de la faillite. De meilleurs prestataires apparaîtraient sur le marché.

Penser que la santé coûtera moins cher simplement parce qu’elle est nationalisée, consiste à nier des règles économiques simples : un repas gratuit n’existe pas. Chaque chose à un coût, et vous dépenserez et gérerez votre argent d’autant moins bien que vous ne saurez pas réellement ce qu’il vous en coûte. En somme, comme nous l’a montré Milton Friedman, il existe 4 manières de dépenser son revenu :

Par soi-même et pour soi-même : un individu fait ses achats, en cherchant à obtenir le meilleur arbitrage coût/bénéfice, en cherchant des biens au plus bas coût pour la meilleure qualité.

Par soi-même et pour quelqu’un d’autre : un individu achète un cadeau avec son argent pour l’offrir à un autre individu. Il fera attention à sa dépense, mais ne saura pas forcément ce qui fait plaisir à son camarade, car il ne détient pas toutes les informations à son sujet.

Par quelqu’un d’autre et pour soi-même : nos parents nous donnent de l’argent pour que nous puissions nous faire plaisir. Nous ne ferons pas forcément attention à la somme que nous avons reçu, mais nous prendrons soin de notre choix car nous en serons les bénéficiaires.

Ces deux dernières manières de consommer ne sont pas optimales (autant financièrement que psychologiquement), mais la quatrième est un non-sens économique, car elle peut engendrer des pénuries ou des surproductions. La voici :

Par quelqu’un d’autre et pour quelqu’un d’autre : c’est évidemment la méthode utilisée par nos États et institutions. Cette méthode est clairement non-économique en même temps qu’inefficace, car dans le cas de la santé comme dans toute activité dans laquelle intervient l’État, celui-ci ne peut pas planifier. Le prix étant un vecteur d’information, la suppression du système de prix (ou du système de connaissance) entraîne ironiquement une impossibilité de planification efficace ; le prix est l’outil véhiculant les milliards de connaissances à la disposition de chacun au travers de ses choix de consommation.

En étant désormais dans l’obligation de s’en remettre à un voisin omnipotent pour obtenir des soins, sans que celui-ci ne bénéficie d’une connaissance parfaite de son bénéficiaire, il en résulte une attribution aléatoire de ces bénéfices.

L’État ne peut pas être performant, ni omniscient, malgré le fait que les plus grands experts du pays soient à ses côtés pour la simple et bonne raison que personne ne peut anticiper la direction de ce petit détail que nous appelons « La Raison Humaine ».

Source : Contrepoints

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