Retraites : les salariés du privé sont les dindons de la farce

Retraites : les salariés du privé sont les dindons de la farce

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La Caisse Nationale d’Assurance Retraite, ou CNAV pour les intimes, représente, organise et gère le fameux « régime général » de retraite des salariés du privé. En voici un tableau peu flatteur.

Par Kevan Saab,

Il vaut parfois la peine de se pencher longuement sur les rapports électroniques ennuyants que produisent chaque année les diverses administrations françaises. Truffés entre des paragraphes de niaiseries bureaucratiques, on trouve la plupart du temps des graphiques et des bilans comptables qui invitent à se poser des questions sur le bon fonctionnement de notre fameux « modèle français ». Prenons le cas du rapport de la Caisse Nationale d’Assurance Retraite, ou CNAV pour les intimes, par exemple, disponible ici. Pour ceux qui n’auraient pas déjà eu affaire avec cette entité, sachez qu’elle représente, organise et gère le fameux « régime général » de retraite des salariés du privé (lesquels cotisent généralement aussi à un organisme membre de l’ARRCO ou de l’ARGIC).

Comme 13.23 millions de retraités, ou 17.81 millions de cotisants, vous faites sûrement partie des 31 millions de français qui, de gré ou de force, dépendent de la CNAV pour vos vieux jours. Aussi, il y a fort à parier que vous seriez curieux de savoir comment sont gérées les sommes conséquentes que vous avez versées ou que vous continuez à verser chaque mois à cet organisme.

Plongeons nous donc sans plus attendre dans les chiffres. En matière de recettes, en 2012, la CNAV a ramené dans ces coffres pas moins de 106.8 milliards d’euros. Dont 67.8 milliards rien qu’en cotisations, soit plus de 3 800 euros par cotisant, comme nous le montre le tableau ci-dessous :

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Parallèlement, la caisse a déboursé seulement 101.5 milliards d’euros aux retraités (soit seulement 640 euros par mois par retraité au passage), soit un différentiel de plus de 5 milliards d’euros, de quoi assurer la continuité des versements en cas de crise. Miracle ? Il y aurait donc une administration non-déficitaire et prévoyante dans l’Hexagone ?

C’était sans compter sur la cuisine comptable des partenaires sociaux aux commandes des caisses de retraite. En effet, la CNAV, administrateur du « régime général » de retraite est loin d’être la seule entité en lice en matière de retraite. En réalité, si l’on inclut les régimes spéciaux et les autres régimes complémentaires obligatoires, c’est plus d’une trentaine d’organismes administratifs qui coexistent dans une absurdité bureaucratique kafkaïenne. Évidemment, certains régimes spéciaux ont poussé la spécificité bien au-delà des bornes de la saine gestion comptable. Mais fort heureusement pour eux, au pays de la solidarité, un partenaire social en charge d’un régime spécial peut toujours compter, par l’entremise de l’État, sur un chèque de son collègue partenaire social de la CNAV.

Ainsi, en 2012, la CNAV a déboursé pas moins de 6.8 milliards d’euros en transferts aux régimes spéciaux et prestations aux industries électriques et gazières (IEG, comprenez aux retraités de GDF et EDF), soit une coquette somme de 220 euros pour chacun des 31 millions de cotisants et retraités de la CNAV.

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Bien-sûr, à la vue des perspectives démographiques, et donc financières, peu réjouissantes pour la CNAV (explosion du nombre de retraités, relative stabilité des cotisants), on est en droit de se questionner sur la capacité de la CNAV à financer les retraites des régimes spéciaux.

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Mais surtout, au pays de la justice sociale, on en vient à se demander au nom de quoi la CNAV transfère 1.5 milliard d’euros aux salariés de EDF et GDF chaque année. En effet, les bénéficiaires des régimes spéciaux comptent parmi les retraités les plus à l’abri du besoin, un ancien de GDF/EDF, par exemple, perçoit près de 2 433 euros (bruts) par mois quand un salarié du privé émarge seulement à 1166 euros (nets) en moyenne. Comment peut-on oser parler de solidarité quand la CNAV verse 640 euros par mois en moyenne à ses retraités mais envoie un chèque de 1.5 milliard aux 159 000 retraités ou ayants-droits de EDF/GDF ? On parle ici de 9 400 euros de transferts annuels par ancien de chez EDF/GDF, soit 785 euros mensuels ! Plus que ce que la CNAV verse à ses propres retraités.

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Enfin, abordons la question des frais de gestion de la caisse. La CNAV s’enorgueillit d’avoir une gestion et une maîtrise des coûts irréprochables. Cependant, les chiffres tendent à prouver le contraire. De fait, avec 1.36 milliard d’euros en 2012 en frais de gestion pour un effectif de 13 548 employés et des dépenses de 115.5 milliards d’euros, la CNAV affiche des dépenses de fonctionnement de plus de 100 000 euros par employé. Pire, avec des frais de gestion représentant 1.2% des dépenses, la gestion de la CNAV apparaît calamiteuse en comparaison des performances des fonds de retraite privés de nos voisins comme le montre cette étude de l’OCDE.

Pour faire simple, la quasi-totalité des pays d’Europe occidentale affiche des frais de gestion compris seulement entre 0.1 et 0.5% des actifs en gestion comme le montre le graphique ci-dessous :

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Bien évidemment, les fonds de pension et les caisses de retraite par répartition, comme la CNAV, étant différents en termes de fonctionnement, la comparaison présentée ici possède ses limites.

Néanmoins, le faisceau de preuves avancées jusqu’à là est accablant pour la CNAV. Entre une gestion coûteuse, une démographie défavorable et des transferts pesants aux cigales des régimes spéciaux, le gigantesque système de Ponzi sur lequel repose les espoirs de retraite des fourmis laborieuses du privé, menace plus que jamais de s’effondrer en même temps que les finances de leur caisse de retraite.

Source : Contrepoints

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