Mais que veulent vraiment les professionnels de santé libéraux en colère depuis...

Mais que veulent vraiment les professionnels de santé libéraux en colère depuis des mois ?

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Question à laquelle on nous a demandé de répondre compte tenu des manifestations de toutes natures qui s’expriment depuis plus de 2 ans.

 

Comme toute profession, ils veulent gagner leur vie par leur travail, mais à des conditions humaines et pour les professions indépendantes : artisans libéraux  ou agriculteurs, cela devient de plus en plus difficile.

Si les professionnels de santé libéraux  ont des points en commun avec ceux du public, il y a des contraintes supplémentaires et nous ne parlerons que de ceux-ci, même si les infirmiers  libéraux ou autres professions de santé ont les mêmes soucis ; mais nous connaissons plus particulièrement notre propre exercice.

La première revendication est celle de pouvoir exercer sa profession ou son « art médical » pour lequel ils ont fait des études et des sacrifices et non pas faire un travail d’administratif qui de plus en plus empiète sur le temps médical, les soignants ne sont pas les employés des caisses de sécurité sociale, ni des caisses de sécurité sociale bis complémentaires, il ne sont pas non plus des organismes de crédits généralisés.

La plupart des soignants,  ont une vocation, ou plutôt sont des idéalistes humanistes. Ce n’est pas pour autant que l’exercice de la médecine doit être un sacerdoce ou une œuvre de charité.

« On oublie trop souvent que les médecins ou infirmiers libéraux  sont des entrepreneurs,  ont à charge en dehors d’exercer leur profession de soignant, la gestion de leur petite ou très petite entreprise ».

Les médecins ne veulent plus avoir à travailler 58 heures par semaine, moyenne nationale dont en moyenne 32 heures pour assumer les charges avant même de gagner leur premier euro, soit la en moyenne encore, 55 % de charges incompressibles, dont le loyer, les charges sociales…..Pour certains médecins à plateau technique, ces charges peuvent atteindre 80 % de leur chiffre d’affaire, soit 50 heures de travail,  avant même de gagner le 1er euro. Pour être précis, la moyenne du revenu horaire d’un médecin libéral est de 26.6 euro. On fera remarquer que de comparer les revenus annuels des différentes professions, représente une fausse idée des revenus. Quand un fonctionnaire travaille environ 1500 heures par an, un salarié 1600 heures, un boulanger indépendant prêt de 3000, un médecin idem, si on exclu les congés, qui pour ces  2 derniers ne sont pas payés. Cela revient à dire que comme pour le boulanger ou l’agriculteur, travailler 35 h/ semaine, aboutirait à un revenu nul ou presque.

Le Droit Européen interdit à un salarié de travailler plus de 48 h/ semaine, le Code du travail impose des périodes de repos de 11h entre 2 périodes de travail, car cela nuit à la santé. Ceci n’est que rarement respecté pour tous les indépendants; mais ont-ils vraiment le choix ?

Alors résumons les principales revendications des libéraux de la santé :

La nouvelle génération ne veut plus travailler 58 heures ou plus par semaine , certains libéraux du soin travaillant 70 ou 80 heures par semaine. Les professions de santé se féminisent, aucun gouvernement n’a tenu compte de cette féminisation, ni en instaurant le MICA, ni en réduisant le numérus clausus, on avait pourtant prévenu! Les cerveaux archaïques microcéphales, avant même Zika,  pensaient qu’en réduisant le nombre de médecins, ont réduirait  les dépenses ! Le résultat est là, on « importe » des médecins étrangers, de surcroît en privant certains pays de promotions entières de médecins.

ƒ Les  solutions plébiscitées par les médecins sont les suivantes dans les études.
Améliorer la protection sociale des médecins (97,2%)

Etudier la possibilité d’une diminution du délai de carence, pour mémoire 90 jours, et inciter les médecins à souscrire une assurance complémentaire. Le plus logique serait de n’avoir qu’une seule assurance, une vraie mutuelle à but non lucratif, assurant à la fois le risque maladie, les indemnités journalières et la perte d’exploitation. Actuellement la cette prévoyance  est une assurance « obligatoire *» ( du moins c’est ce qu’affirme  nos gouvernants ), l’URSSAF ou le RSI, pour la maladie, la CARMF ou la CARPIMKO pour les paramédicaux, pour les I.J. , l’invalidité , le décès…, puis une assurance complémentaire maladie, une assurance prévoyance pour les indemnités journalières et une prévoyance pour la perte d’exploitation. Donc 5 assurances au lieu d’un package de 1 seule !

* Obligatoire, veut dire qu’il est obligatoire d’avoir une protection sociale, mais non de se la voire imposée

ƒReconnaître le burn out comme maladie professionnelle. En effet, plus de 50 % des médecins présentent des signes de « burn out » et leurs conséquences, dépressions jusqu’au suicide, addictions, coronaropathie jusqu’à la mort subite, dépression immunitaire, troubles neuro-musculaires…… « De la santé des soignants, dépend la santé des patients », il y a donc mise en danger de la santé d’autrui , celle des soignants et de la santé de leurs patients par l’épuisement professionnel. La loi de modernisation de la santé de Madame Touraine, par ses contraintes supplémentaires, ne fera que l’accentuer.  Si Madame Touraine est si préoccupée par la pénibilité, elle n’est peut être pas consciente que sa loi pourrait être qualifiée de « non assistance à personnes en danger », ou de « mise en danger de la santé ou de la vie d’autrui ». ƒ

« L’état de santé des professionnels de santé, libéraux ou public d’ailleurs, est un problème de santé publique   » , mais tous le monde s’en fout!
 Mieux définir la nature et les limites de la responsabilité médicale (95,6%)

Les coûts de la protection juridique ont en effet progressé ces dernières années de manière exponentielle, conséquence du principe de précaution. Les médecins sont « assis avec le cul entre 2 chaises », d’une part on leurs reproche de dépenser de trop, de l’autre, la justice ne pardonne pas les erreurs ou les aléas médicaux, les médecins multiplient donc les examens afin de se couvrir. Le coût de ces Responsabilité Civile Professionnelles ( RCP), n’ont pas été répercuté sur les honoraires.     

 Prendre en compte le médecin pour lui-même (93,2%)
 Mieux préparer les étudiants en médecine (93,2%)
La formation : " Informer les étudiants des difficultés d’exercice", " instituer un système de tutorat pendant tout l’exercice médical". Créer un module de gestion d’entreprise.....
La délégation de tâches aux paramédicaux constitue la solution portant apparemment le plus à discussion, et ce surtout pour les médecins spécialistes puisque seuls 46% d’entre eux optent pour cette solution.
Faciliter les remplacements:

Il est effectivement difficile avec l’instauration du numérus clausus de trouver des remplaçants et la coopération avec les hôpitaux et leurs administrations pour déléguer des internes, lorsque le médecin veut prendre un congé, ou  lorsque une maladie lui imposerait de prendre un congé maladie, s’avère un parcours du combattant avec les DRH ou les directions des CHU, là c’est du vécu.

Etre aidé dans sa gestion administrative et le fait de posséder un secrétariat (88,4%)     :

A savoir que deux tiers des cabinets médicaux n’ont pas de secrétariat ou assistante, on dénombre environ 125 000 médecins libéraux pour 35 000 secrétaires, ce chiffre est en baisse depuis 2 ou 3 ans.

Inciter les jeunes à s’installer plus rapidement :

Cette solution est plutôt préconisée par les femmes, les médecins généralistes, les médecins prodiguant plus de 6 000 actes.ƒ

« Ce sont incontestablement la charge de travail et la lourdeur des tâches administratives que les médecins déclarent avoir le plus de mal à gérer « .

Ces deux items étant très souvent cités de concert par les médecins : « Manque de temps, difficultés à gérer son temps de repos et de travail », « Trop de travail et donc pas assez de temps pour sa vie privée, temps de travail : 16 à 18 heures par jour » « Manque de temps pour tout faire, consultations exigées le soir, les horaires tardifs le soir » « obligation de travailler 60 heures par semaine pour gagner correctement et honnêtement sans bâcler son travail, « course contre la montre, la charge de travail plus de 12 heures par jour, le rythme des consultations me stresse beaucoup.  » « Activité trop lourde, consultations et visites = 14 heures + Paperasses 1h + gestion du cabinet 1h + exigence des familles 1 h = 17h sur 24 h »

Revalorisation financière : « Revalorisation des actes médicaux »

Il faut que les revenus puissent permettre d’embaucher une secrétaire au cabinet et valoriser l’acte intellectuel au temps passé. Les cabinets médicaux sont des entreprises, et à ce titre il faut les considérer comme telles, tous les actes effectués ont un coût, toutes les fournitures ou services ont un coût, la prise en compte de l’environnement géographique dans les coûts  est de l’ordre du bon sens,  tout ces frais, les cabinets devraient pouvoir les répercuter sur leurs honoraires.  Enfin, les modifications incessantes de la législation, les contraintes supplémentaires, les baisses de tarifs successifs dans certaines spécialités, ne donnent aucune visibilité aux  entreprises médicales, une certaine stabilité est nécessaire, comme d’ailleurs pour toute entreprise.

La suppression du  chantage des caisses de sécurité sociale par les conventions, de surcroît non respectées, et le tarif d’autorité inchangé depuis 50 ans, devrait être remplacé par une revalorisation des actes pour prendre en charge leur protection sociale par eux mêmes, pour la maladie, pour sa retraite et sa prévoyance en arrêt de travail, invalidité décès et perte d’exploitation. 

La suppression du tarif d’autorité, serait un préalable à la discrimination faite par celui ci entre les patients et entre les médecins, par des remboursements différenciés selon que le médecin appartient au secteur 1 conventionné, au secteur 2, avec ou sans CAS , au secteur 3 non conventionné. A compétence égale, rémunération égale et devoirs égaux, rien ne justifie ces discriminations entre ces divers secteurs, le fait d’avoir été chef de clinique ou d’être Professeur, n’est pas une qualification par des diplômes supplémentaires, mais le plus souvent une opportunité au moment du choix de ces postes. Par contre une rémunération au mérite, par des acquis supplémentaires, que ce soit au sein des hôpitaux universitaires ou par des DU , des DIU ou autres formations, ainsi que la valorisation des acquis, la valorisation en fonction de contrôle de qualité et du développement professionnel permanent, devrait être revalorisé, comme il existe dans la fonction publique des échelons de 1 à 13. 

« La reconnaissance à sa juste valeur de l’acte médical permettrait de diminuer la charge de travail, la reconnaissance de cet acte par le patient ».ƒ
Le harcèlement des caisses de sécurité sociale est également souvent évoqué par les médecins, les infirmières, au point de devenir insupportable
En effet, de nombreux actes n'existent pas à la NGAP, ou à la CCAM, de nombreux actes, ou leur interprétation peut varier d'une caisse à l'autre, ou les modalités pour les effectuer sont laissés à l'appréciation arbitraire des administratifs, conduisant à des procédures pour "indus", ou autres, alors qu'il ne s'agit que d'interprétations.( La encore expérience vécu avec une procédure qui a durée 14 ans ! La sécu avait tort). On remarquera le nombre d'erreur cette fois ci faites par les caisses, les énoncer serait trop long, les libéraux les reconnaîtront.   
Rééquilibrer le rôle du médecin par rapport à celui du patient…  
Responsabiliser les patients sur le coût de la santé, l’impact économique de ses demandes et modérer les exigences ƒ …et à la société.

Tout psychiatre ou psychologue vous dira l’importance de l’investissement des patients dans leurs soins, autant du point de vu des soins eux mêmes, que du fait de rémunérer son soignant. Ce qui n’a pas de prix, n’a pas de valeur. La méconnaissance de la valeur des services, l’absence de toute participation financière, conduit inévitablement à la déresponsabilisation, et là je peux en témoigner ayant exercer dans une région minière ou tout était gratuit.

Arrêter de donner au médecin un rôle qu’il n’a pas.
  » Le rôle du médecin est de soigner les patients et uniquement cela, faire des examens cliniques, des bilans pour aboutir à des diagnostics et établir des traitements  » ƒ

La profession s’est tellement dégradée que les étudiants délaissent le choix de la médecine générale avec ECN et préfèrent redoubler leur 6ème année plutôt que de choisir la médecine générale. De plus 25 % des médecins possédant le diplôme de généraliste n’exercent pas la médecine. Les étudiants en médecine ne sont plus que 9% à vouloir s’installer en libéral contre 55 % il y a 35 ans. Ce n’est pas avec cela que l’on comblera les déserts médicaux.

En résumé:

les médecins demandent la liberté de soigner et d’être soigné et de pouvoir en vivre dans un système de soins à nouveau humanisé et pour eux qui sont trop souvent victimes de leurs idéaux, qu’ils ne retrouvent plus dans l’exercice actuel, et pour leurs patients qui souffrent de la déshumanisation de la prise en charge de leur santé. La première satisfaction d’un soignant est de se coucher le soir avec le sentiment d’avoir accompli sa tache en accord avec sa conscience. Depuis quelques années, ce n’est plus le cas, il ne fait le plus souvent que son travail de « technicien » médical sans avoir le temps du temps psychologique  à accorder à ses patients, relation si importante dans cet exercice, à la fois parce que les mots peuvent guérir, d’autre part, parce que le temps de l’écoute évite de nombreuses dépenses en examens complémentaires. La qualité a un coût, mais la non qualité a un coût bien supérieur. Considérer l’exercice de la médecine, comme une autre activité marchande par nos décideurs, conduira au contraire de ce qu’ils promettent.

Nous dirons que l’on peut faire mieux à moindre coûts pour la collectivité et nos concitoyens, mieux pour les professionnels de santé, il suffirait de la volonté politique. Exposer les solutions ici n’est pas l’objet de cette réponse, mais la solution du problème social est dans la LIBERTE, comme je l’ai écris dans un article précédent.

« Si nos gouvernants voulaient bien respecter le Droit Européen et la fin du Monopole des caisses de sécurité sociale, qui sont bien des Mutuelles privées, bien des conflits qui engorgent les Tribunaux deviendraient inutiles et libérerait l’institution judiciaire ».  A suivre…

Docteur Edward W.Metzger

NB Les réponses ne sont pas exhaustives et sont le résultat de ma propre expérience et des lectures des rapports de mes confrères ou de commentaires lus sur les réseaux sociaux ou ailleurs

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