Lettre d’Un Interne Au Maire de La Roche Derien

Lettre d’Un Interne Au Maire de La Roche Derien

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Antoine B. interne en médecine Brest, le 20 mars 2016

Monsieur le Maire,

Je suis interne en médecine, futur médecin généraliste, à la Faculté de Médecine de Brest. Je suis aussi l’un des représentants élus des internes en médecine générale de cette faculté mais c’est à titre personnel que je vous écris, même si la grande majorité de mes camarades partagent mon opinion.

Je suis aussi élu municipal d’une petite commune du Finistère et c’est à tous ces titres que votre démarche du 17 mars 2016, ainsi que le buzz engendré dans toutes les rédactions de France, a attiré mon attention.
Signataire d’un CESP (contrat d’engagement au service public), je me suis engagé auprès de l’ARS (l’agence régionale de santé) à m’installer à l’issue de ma formation dans une commune bretonne déficitaire en matière de médecine générale, comme l’est La Roche-Derrien.

Je suis donc pleinement légitime pour écrire et vous apporter quelques éléments de réflexion, puisque je suis exactement le profil que vous cherchez à recruter.
Vous avez fait croire au recrutement d’un druide pour palier à l’absence de médecin, et ce canular était une riche idée pour attirer l’attention des médias. J’ai toutefois peur que le message que vous véhiculez ne reflète pas la réalité des causes de la désertification médicale dans notre pays. Si vous le permettez je vais vous en exposer une partie, sans pour autant être exhaustif.
Je peux comprendre votre désarroi face à l’absence de réponses à vos nombreux appels à installation d’un médecin. J’ai moi-même relayé auprès des internes de Brest les annonces que vous nous avez communiquées puisque nous sommes la faculté la plus proche de votre commune, et par conséquence le vivier d’internes qui occupent les postes hospitaliers de votre territoire à Lannion, Treguier ou Guingamp. D’ailleurs, de nombreux internes ont vécu leur enfance dans votre région, leurs parents et amis y vivent toujours. Et pourtant, ils ne veulent pas venir s’y installer.

Savez-vous pourquoi ? Le problème n’est pas le territoire car votre commune a toutes les commodités et le charme auquel les jeunes médecins aspirent en Bretagne : le problème est l’installation.

Et l’installation ne se fait pas principalement à cause de deux mots : exercice libéral. L’inscription au conseil de l’ordre des médecins est obligatoire pour exercer la médecine en France.

Savez-vous que seuls 12% des nouveaux inscrits à cet ordre exercent en libéral ? Et qu’ils ne sont que 40% après 5 ans à choisir ce mode d’exercice ? De plus, je suis certain que vous associez les mots “déserts médicaux” aux zones rurales, loin des grandes agglomérations.

Savez-vous qu’il n’y a eu aucune installation de médecin généraliste dans l’un des arrondissements de Paris en 2014 ?

 » les déserts médicaux ne se forment pas uniquement par le non renouvellement des médecins qui partent à la retraite : des médecins installés à qui il reste 10 à 20 ans de carrière raccrochent leurs stéthoscopes »

Pas un seul ! Les 10ème, 13ème, 18ème, 19ème et 20ème arrondissements sont en train de devenir des déserts médicaux et rencontrent la même problématique que la Roche-Derrien. La ville de Marseille tire la sonnette l’alarme. En 2015 la commune de Château-Chinon dans la Nièvre est devenue la première sous-préfecture de France sans aucun médecin généraliste ! Et le pire dans tout cela ? C’est que les déserts médicaux ne se forment pas uniquement par le non renouvellement des médecins qui partent à la retraite : des médecins installés à qui il reste 10 à 20 ans de carrière raccrochent leurs stéthoscopes, comme à Dunkerque où en quelques semaines 10% des médecins libéraux ont rejoint la médecine du travail ou un poste à l’hôpital.

« les jeunes médecins ne veulent plus exercer en libéral, devenu un mode d’exercice anxiogène »

Vous vous dites certainement qu’il suffit d’augmenter le nombre d’étudiants, que cela réglera le problème. Le numerus clausus a doublé en 15 ans, et pourtant le problème s’est aggravé. la raison est limpide : les jeunes médecins ne veulent plus exercer en libéral, devenu un mode d’exercice anxiogène. Et c’est multifactoriel, propre à chaque territoire. Il existe néanmoins quelques éléments communs aux déserts médicaux de ville et de campagne, et je vais tâcher de vous les expliquer.

Le premier frein au mode d’exercice en libéral est la main mise sur le système de santé en France de l’Assurance Maladie. Puisque malgré les lois européennes les français sont toujours obligés par les tribunaux à cotiser auprès de l’Assurance Maladie (représentées par les URSSAF, RSI, etc.), cette dernière possède une situation de monopole et règne en seigneur absolu sur notre système de santé. Et la vérité est que cette institution se comporte avec les médecins libéraux comme un vassal envers ses paysans en leur retirant le peu d’indépendance à laquelle aspirent les jeunes médecins, en annihilant le peu de liberté à laquelle ils prétendent en exerçant une profession dite “libérale”.

Et sans liberté, point d’avenir. « C’est la mort annoncée de la médecine libérale et c’est une bonne chose ».

D’ailleurs l’Etat désire la fin de la médecine libérale ! Madame Brigitte Dormont, économiste, professeur à l’Université Paris Dauphine, est spécialiste de questions de santé. Elle est membre du think tank Terra Nova qui a quasiment écrit le programme du candidat Hollande. Ses prises de positions font d’ailleurs souvent référence au parti socialiste. Elle l’a clairement dit à la radio le 19 avril 2015 sur France Culture : « C’est la mort annoncée de la médecine libérale et c’est une bonne chose ». Ces propos ne furent jamais dénoncés par Marisol Touraine, ni par aucun autre responsable politique de la majorité … ni de l’opposition.

Pour comprendre en quoi le mode d’exercice libéral est anxiogène pour un médecin, je vais vous donner un exemple économique simple : le prix du pain. Imaginons que l’Etat décide de lever un impôt obligatoire pour offrir du pain, gratuitement, à tous les français. Pour cela il faut en réguler le prix et fixer un prix unique, un plafond correspon dant à une moyenne. C’est une loi universelle, une loi d’Airain : celui qui paye est celui qui décide. Et imaginons qu’au fur et à mesure des années il décide d’en augmenter le prix non pas de façon automatique en se basant sur l’inflation comme pour le SMIC, mais après négociations avec les syndicats de boulangers tous les 4 ou 5 ans. Que se passe-t-il ?

  • Tout d’abord l’effet immédiat est la fin de la baguette haut de gamme et pendant quelques années les boulangers, qui produisent tous désormais plus ou moins un pain de même qualité courbent le dos et subissent.
  • Puis disparaissent les boulangeries les moins compétitives, invendables car non rentables pour un jeune boulanger qui s’endette pour acheter son outils de travail.
  • Puis quelques années après, le prix du pain ne suivant pas l’augmentationdu prix de la farine, des loyers, ou des charges, les boulangers sont obligés de faire du bas de gamme (avec de la farine à bas coût), et à vendre de plus en plus de pains. Les boulangers manifestent dans la rue pour augmenter le prix de la baguette, pour pouvoir offrir un pain de meilleure qualité, mais le gouvernement en place se refuse pour motifs électoralistes à augmenter les taxes. En effet les boulangers seront considérés par leurs concitoyens comme des nantis puisque le pain est payé par l’Etat.
  • Au final il ne reste que les boulangers capables de vendre de façon industrielle des milliers de baguettes par jour, sur lesquelles la marge est de quelques centimes à chaque vente. A ce stade le prix plafond désiré initialement par l’Etat devient un prix plancher, unique. Et il n’existe plus personne pour produire du pain : les jeunes boulangers réfléchissent à deux fois avant de s’installer.
  • A la toute fin, seules subsistent les boulangeries d’Etat, subventionnées par les collectivités pour produire du pain, et dont les boulangers sont tous des salariés ou des fonctionnaires. Et les citoyens, qui continuent à payer la taxe “pain”, apprennent à s’en passer ou à cuisiner leur pain à domicile, quand ils ne l’échangent pas avec leur voisin contre autre chose.
  • C’est exactement ce qui se passe en médecine générale. C’est une règle économique qui se manifeste à chaque fois que l’Etat régule le prix d’un produit ou d’un service : on ne trouve plus personne, au bout d’un moment, pour en proposer officiellement et il faut passer par un marché dit “noir” où le tarif est lui, à son prix réel.
  • Ce fut le cas de l’or dans les années 30 aux USA, ce fut le cas et c’est encore le cas pour bien des denrées à Cuba. Les exemples ne manquent pas dans l’Histoire, et c’est à chaque fois un effet cliquet. Pendant la guerre le rationnement à favorisé le marché noir : le contrôle des prix prescrit par réglementation pour les produits agricoles a favorisé ce phénomène. D’abord marginal, il a touché rapidement l’ensemble de la population, obligée de s’en remettre à ces circuits pour survivre. Savez vous qu’il n’est pas rare en France qu’un chirurgien demande un payement en liquide pour une opération dont le tarif remboursé par la sécurité sociale est parfois bloqué depuis plus de 20 ans ? Comme quoi, même le marché noir existe en médecine.
La tarification en France de 23 euros la consultation de médecine générale est la plus basse d’Europe, mais aussi du Monde rapporté au PIB/habitant.

La moyenne européenne est quasiment le double à 40 euros. La France est aussi le pays qui a le taux d’imposition le plus important, c’est à dire que la part de ces 23 euros qui rémunère réellement le médecin est, de loin, la plus faible d’Europe : les médecins français vivent d’une faible part de 23 euros quand leurs confrère européens touchent une part plus importante de 40 euros. Une visite chez un spécialiste coûtait 150 francs en 1999, soit 22.87 euros. Depuis 2004 les médecins généralistes ont une formation de spécialiste. Et la consultation n’est en 2016 que de 23 euros. Soit moins de 1% d’augmentation en 17 ans à niveau d’études et de compétences équivalents.

Si l’inflation avait été suivie, la consultation devrait être aux alentours de 29 € et même de 37€ en calculant à charges constantes (soit la moyenne européenne). La seule alternative pour les médecins fut ces dernières années d’augmenter leur volume de consultations. Les journées ne faisant que 24h, les consultations sont devenues de plus en plus brèves, et les horaires se sont rallongés. Les visites à domicile, chronophages, ne sont plus réservées qu’aux cas extrêmes. Les femmes de ménages et les secrétaires furent remerciées. En bref, les conditions de travail se sont durcies et le service proposé par les médecins généralistes s’est considérablement dégradé.

Un médecin généraliste travaille en moyenne 56h par semaine. C’est à dire 60% de plus qu’un salarié du privé ou qu’un fonctionnaire à 35h.

C’est le stade “boulangerie industrielle” dont je donnais l’exemple. L’étape suivante est en train d’arriver : les médecins ne veulent plus pratiquer la médecine à la chaîne et boudent le mode d’exercice libéral. Pour mémoire, 63% des internes qui terminent leurs études sont des femmes approchant la trentaine. Elles aspirent à autre chose qu’à une vie à travailler non stop 10h par jour 6 jours sur 7 dans un cabinet médical, principalement dans le contexte harcèlement administratif dont je vous parlerai plus bas.

Aussi, un autre point anxiogène qui freine à l’exercice libéral : la protection sociale.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’en cas d’arrêt maladie les médecins, qui tombent parfois malade, ont 90 jours de carence.
Pas 0 ou 3 jours comme dans la fonction publique ou chez les salariés du privé, mais bel et bien 3 mois. Savez-vous aussi que lorsqu’un salarié est en arrêt maladie, il ne paye plus de cotisations à l’Assurance
Maladie ? Il touche des indemnités, mais son employeur ne payant plus de salaire le temps de l’arrêt, il n’y a plus de charges salariales ou patronales de payées : le salarié est exempté de ses impôts sociaux jusqu’à sa reprise du travail. Ce n’est pas le cas d’un médecin en libéral qui doit, pendant sa maladie, continuer à payer ses charges sociales, y compris pendant les 90 jours où il doit vivre sur ses économies. C’est exactement ce qui se passe pendant une grossesse par exemple. Une jeune médecin généraliste qui a un désir d’enfant doit anticiper financièrement la période d’arrêt où elle devra continuer à payer loyer professionnel, charges sociales personnelles et parfois le salaire de sa secrétaire. Comment faire cela en exercice libéral dans un contexte de tarif régulé et bloqué ?

Savez-vous que l’inégalité-pour ne pas dire l’injustice va même jusque dans le calcul des indemnités ?

Les indemnités pour grossesse sont calculées sur les 3 derniers bulletins de salaire pour un salarié ou un fonctionnaire et que pour certains, des conventions collectives ou des accords de branche peuvent prévoir le maintien du salaire par l’employeur pendant le congé maternité. Par contre, en exercice libéral, quel que soit le niveau de revenu, vous avez le droit à 3218 euros puis un forfait de 1587 euros mensuels, avec lesquels, comme je viens de l’expliquer il faut payer les charges sociales (qui restent, elles, proportionnelles au chiffre d’affaire de l’année précédente), le loyer du cabinet médical, l’éventuel salaire du ou des collaborateurs et in fine, pouvoir vivre avec ce qui reste. De quoi freiner bien des jeunes médecins femmes qui envisageraient de mener de front un exercice libéral et une ou plusieurs grossesses.
Le niveau d’équipement des cabinets de généralistes sans problème de manque de clientèle, est tout bonnement affligeant comparé à leurs voisins européens. Peu ont une radio, une échographie, de quoi
faire un examen détaillé de sang ou d’urine, un ECG, une spirométrie, etc. Quand une entreprise est en difficulté pour payer ses charges elle possède la faculté d’augmenter ses tarifs ou de réduire ses coûts. Les
jeunes médecins généralistes n’ont pas cette faculté : les dépassements d’honoraires leurs sont interdits et il n’existe aucun poste d’économie puisqu’ils n’utilisent aucune machine onéreuse, qu’ils n’ont d’ailleurs pas les moyens de s’offrir. Cette situation est particulièrement anxiogène pour ces médecins en début de carrière, principalement dans la période d’instabilité et d’inflation fiscale que nous connaissons.

Vous-même, en tant que Maire, vous avez la possibilité d’augmenter les impôts locaux pour faire face aux dépenses imprévues ou aux investissements, ou vous pouvez réduire certains postes de dépense.

Quel serait votreétat d’esprit, quel serait votre marche de manœuvre si l’Etat, diminuant sa dotation annuelle, vous oblige à ne pas augmenter les impôts sur votre commune tout en vous obligeant à fournir la même qualité de service à vos administrés ?

Et quel serait votre état d’esprit si en plus l’Etat vote une loi vous obligeant à encore plus de services ? C’est exactement ce qui vient de se passer chez les médecins avec l’instauration du tiers-payant obligatoire, via loi Santé, votée fin 2015. C’est peut-être la goutte qui a fait débordé le vase et a consommé la rupture des médecins avec leur ministère de tutelle.

 » la sécurité sociale se comporte comme un vassal envers ses paysans « 

Cela me permet d’attirer votre attention sur le troisième point anxiogène dans l’exercice libéral, après la tarification plafonnée et la protection sociale inexistante : la charge de travail administratif, parfois
jusqu’au harcèlement. Si la sécurité sociale se comporte comme un vassal envers ses paysans au niveau tarifaire, en matière administratif on peut parler de quasi esclavage. Madame Dormont l’a dit lors de la même émission où elle souhaitait la mort de la médecine libérale en s’exclamant que « Si l’Assurance Maladie veut faire pression sur les médecins, elle a les moyens financier de faire pression sur les médecins ». Et cette pression va parfois jusqu’à l’absurde. Tous les médecins vous le diront : la charge administrative s’est
considérablement accrue. Un médecin généraliste y consacre un temps important dont il était affranchi il y a encore peu : en moyenne une après-midi par semaine. Après-midi pendant laquelle il ne consulte pas et
pendant laquelle il travaille donc à perte puisqu’il ne génère aucun chiffre d’affaire. D’ailleurs, vous ne le
savez peut-être pas, mais un médecin généraliste ne consacre que 60% environ de son temps professionnel à ses consultations.

Si les médecins étaient soulagés administrativement, aidés logistiquement, ils pourraient traiter quasiment 50% de patients en plus.

Je peux vous donner moult exemples de la pression administrative dont peut faire preuve le corps
bureaucratique de l’Assurance Maladie. Elle peut vous faire perdre 30 minutes au téléphone pour vous
demander des explications sur une somme de 4,33 euros qu’elle refuse de rembourser, ou vous balader de bureaux en bureaux pour vous donner la caisse à laquelle télétransmettre les feuilles de soins d’un patient. Elle peut vous refuser le paiement d’un acte car réalisé 6h avant le décès d’un patient, mais hélas, réalisé administrativement le jour de sa mort. Cela d’ailleurs doit être un des 10 commandements gravés sur le marbre des murs des caisses de sécurité sociale : “ Tu refuseras le remboursement de tout soin le jour de la
mort d’un cotisant, même s’il décède à 23:59 “. Elle peut aussi se tromper, le reconnaître, mais exiger du médecin que ce soit à lui de corriger l’erreur malgré son innocence. J’ai été personnellement témoin d’un
acte en tiers-payant réglé par erreur par la CPAM à patient en CMU, alors que c’est le médecin qui devait être payé, comme pour tout acte en CMU (ce qui avait dû échapper à quelqu’un). La réponse de la CPAM : “ c’est notre faute, mais c’est à vous de récupérer l’argent auprès du patient “ et tant pis si le médecin doit perdre du temps à cette démarche, quitte à payer lui-même l’huissier si elle n’aboutit pas. Et je vous passe les refus de paiement d’un acte sur un enfant consultant avec sa mère, car facturé sur le mauvais numéro
de sécurité sociale, malgré une mise à jour et la présence de l’enfant sur la carte vitale présentée. Je pourrais vous raconter les courriers attestant d’un virement, non suivis dans les faits d’un quelconque versement sur le compte bancaire, quand ce n’est pas sur le compte bancaire d’un confrère. Parfois vous demandez une somme mais vous êtes payés sur votre compte d’une autre somme, sans explication. Comptablement, c’est à s’arracher les cheveux pour appairer les factures et les versements quand c’est la sécurité sociale qui traite. Imaginez ce que ce sera avec le tiers-payant généralisé. Et je ne compte pas ces histoires de formulaires perdus par les caisses qu’il faut refaire, ou des protocoles dont il manque une case de cochée sur l’un des 3 exemplaires identiques fournis. Et ce ne sont pas des exemples rares, ils sont quasi quotidiens. Et ceux-ci ne sont pas les pires.

Personnellement il y a deux travers administratifs que je trouve insupportables.

  • Le premier consiste à demander au praticien de rembourser des soins eux-mêmes remboursés au patient, au titre que le remboursement est le fruit d’une fraude … du patient ! Ce qui revient à travailler gratuitement en remboursant la sécurité sociale de ce qu’elle a perdu, au prétexte que le médecin n’a pas été assez vigilant pour détecter que le patient était un resquilleur. Et avec ou sans accord, la sécurité sociale se sert sur le compte bancaire du praticien. Les objections restent lettres mortes et les comptes en banque des resquilleurs garnis.
  • Le second consiste à pouvoir sanctionner un médecin de délit statistique jusqu’à le mettre sous tutelle administrative : lorsqu’il prescrit par exemple trop d’arrêts de travail par rapport à la moyenne de son secteur, sans prendre en compte qu’il soigne une population d’ouvriers cassés par le travail, par rapport à ses confrères qui soignent des cadres supérieurs ou des retraités
 » les médecins libéraux ne supportent plus cette fonctionnarisation rampante de leur profession et ces agents inquisiteurs « 
  • Dans les faits, les médecins libéraux ne supportent plus cette fonctionnarisation rampante de leur profession et ces agents inquisiteurs en permanence au-dessus de leurs épaules, mais pire que tout, ils ne supportent plus d’être des fautifs systématiques désignés. Aux yeux de la sécurité sociale : ce sont toujours les coupables. De l’aveu même d’un responsable informatique de CPAM, les caisses ont une grande panoplie d’outils informatiques pour traquer les anomalies des prescriptions des médecins, mais très peu pour traiter les anomalies des patients fraudeurs.
    D’ailleurs, les pouvoirs publics font tout pour que le médecin soit le coupable idéal désigné de tous les maux. Les sondages montrent que les français souhaitent en premier la baisse de la rémunération des médecins pour combler le trou de la sécu, alors que cette rémunération ne représente même pas 2% du budget total de la sécurité sociale et que les tarifs sont parmi les plus bas en Europe. Je vous invite à lire les commentaires des nombreux articles du médecine-bashing dont furent inondés tous les médias pendant le plan de communication de la loi Santé. A croire que les médecins généralistes passent les mercredis après-midi au golf, sachant qu’ils font presque deux fois 35h dans la semaine.
  • Savez-vous que le gouvernement est même allé, pour lutter contre les conflits d’intérêt, jusqu’à mettre en place un site internet où les laboratoires doivent déclarer tous cadeaux de plus de 10 euros aux médecins dans une base de donnée obligatoire et publique ? C’est ainsi qu’un petit généraliste libéral peut se retrouver fiché et pointé du doigt sur la place publique pour un livre médical offert à 12 euros, à côté d’un grand patron hospitalier invité à l’étranger à un congrès tous frais payés à 5000 euros. Et les véritables conflits d’intérêts sont absents de cette base de données, ceux où il y a un zéro en plus. A quand une telle base de cadeaux de plus de 10 euros pour d’autres professions, comme les élus par exemple ?

Je pourrais aussi vous expliquer en détail les autres raisons qui poussent les médecins à ne pas s’installer, mais je ne veux pas perdre votre attention. Je pourrais vous expliquer qu’un médecin commence sa carrière à 28 ans, et qu’à cet âge, après 10 ans passé dans une ville universitaire, il y a souvent un conjoint qui travaille en CDI, parfois même un achat immobilier, un réseau social formé.

Pourquoi tout plaquer pour alors venir à la Roche-Derrien ? Pourquoi aussi demander au médecin de venir dans les campagnes quand l’Etat lui-même ferme les écoles, les bureaux de poste ou les postes de police ? Parce que ses études sont payées par la collectivité ?

 » l’étudiant devrait en plus dire “merci” ? Mais la coercition c’est la double peine ! « 

Je vous passe les détails, mais outre le fait que les études d’un médecin sont payées par l’éducation nationale au même titre qu’un lycéen, un avocat, un pharmacien ou même un énarque, sachez qu’en travaillant 3 ans à mi-temps en temps qu’externe à 200 euros par mois, puis 3 ans jusqu’à 60 h par semaine en tant qu’interne à moins du SMIC horaire, un interne en médecine général rembourse sa formation et fait économiser plus de 120 000 euros à la collectivité en évitant l’embauche de personnel médical pour le remplacer dans les hôpitaux publics. Aucune autre formation ne peut prétendre à un tel niveau de service rendu quasi- gratuitement à la collectivité pendant autant d’années d’études. Et l’étudiant devrait en plus dire “merci” ? Mais la coercition c’est la double peine !

L’ensemble des données que je vous cite sont justifiables par des études et des statistiques officielles, accessibles au public. Si vous avez un doute sur un élément, c’est avec plaisir que je vous fournirai les sources qui permettront de vérifier par vous-même les chiffres et faits énoncés. Je sais que certaines personnes, par dogmatisme, réfutent certains des arguments que je vous ai donnés. Les faits parlent pourtant d’eux-mêmes et ces personnes sont incapables de citer des causes, se défaussant derrières des arguments faux et populistes comme “les médecins préfèrent les grandes villes ou le sud de la France”, “les médecins ne veulent plus travailler” ou encore “ils ne pensent qu’à l’argent pour s’acheter une grosse voiture”.

Certaines personnes, comme la ministre Marisol Touraine, avancent qu’en cumulant toutes les primes, la consultation est en vérité proche de 30 euros, mais elles oublient que ces subventions ne concernent pas tous les médecins. D’autres avances des salaires moyens en oubliant que 25% des généralistes gagnent,
après 10 ans d’études et des responsabilités juridiques colossales, moins de 2500 euros par mois.

Pour conclure, Monsieur le Maire, j’aimerai vous donner la solution pour réussir à recruter des médecins dans votre commune. Vous l’aurez compris, il suffit de les affranchir de l’obligation d’un exercice libéral en les salariant.

Je suis certain que vous avez des locaux municipaux que vous pouvez transformer en cabinet médical. En y plaçant une secrétaire municipale à temps plein pour épauler un médecin, vous recruterez sans problème un praticien qui y trouvera un confort d’exercice, une protection sociale juste et un avenir serein. Proposez-lui un salaire fixe ainsi qu’un variable sur la base du chiffre d’affaire généré, pour éviter que cette personne ne consulte qu’un patient à l’heure.

Par contre vous serez très certainement obligés de salarier deux médecins pour remplacer un médecin libéral partant à la retraite. Les 35h ne peuvent pas être pour tous les salariés, sauf pour les médecins. En y faisant participer la communauté de commune du Haut Trégor vous pouvez mutualiser le coût de la structure. C’est l’étape “boulangerie d’Etat” dans mon exemple sur le pain. Dans un contexte de tarif plafonné par l’Etat, et tant que le prix de la médecine en France ne sera pas valorisé dans la moyenne européenne, c’est hélas la seule solution. Peu de municipalités dans une situation analogue à la vôtre l’ont compris. La plupart suivent les recommandations politiques de l’ARS en subventionnant des maisons pluridisciplinaires de santé. Pourtant,il manque souvent lors de l’inauguration un médecin généraliste dans les locaux, car le problème de la pénurie de praticien n’est pas traité en amont.

Les Français exigent de leurs médecins un sacrifice personnel et des conditions de travail ou une protection sociale que peu seraient capables d’accepter pour eux-mêmes.

Pour ma part je n’ai pas encore déterminé mon lieu d’exercice. Mais je ne vous cache pas qu’ayant une vision très pessimiste de l’avenir de la profession de médecin généraliste, en étant peut-être moins aveugle que mes camarades sur l’état de la médecine dans notre pays et l’orientation politique mis en œuvre en économie de la santé, je songe très sérieusement à m’expatrier, la mort dans l’âme et le cœur lourd.

« Je n’ai pas envie de cumuler et les inconvénients de la fonction publique et les inconvénients de l’exercice libéral sans en voir un seul avantage ».

J’envisage de faire un emprunt bancaire pour rembourser (malgré les pénalités contractuelles) les
subventions touchées dans le cadre de mon contrat avec l’ARS, et de partir exercer dans un pays étranger.

 » Je n’ai pas envie d’exercer ce métier, aussi beau soit-il, dans les conditions actuelles et futures qui me sont offertes. »

Savez-vous que le taux de suicide chez les médecins est de 15% alors qu’il n’est que de 6% dans la population générale active ? Que près d’un médecin sur trois est touché par la dépression ?

Savez-vous que 40% des médecins sont en situation clinique proche du burn-out, principalement des médecins généralistes ? Un sondage de 2007 évoque dans cet ordre les raisons de ce malaise : la dégradation de la relation médecin-malade, la dégradation de la qualité des soins et la diminution de l’accomplissement personnel. Je n’ai pas envie d’exercer ce métier, aussi beau soit-il, dans les conditions actuelles et futures qui me sont offertes. J’attends la prochaine législature mais quand je vois que le favori des sondages est à l’origine, lorsqu’il était premier ministre, de ce que l’on peut appeler “les années de plomb” avec le vote de l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie) et des 10 années de conflit qui suivirent avec les syndicats de médecins, j’ai du mal à imaginer qu’il sauvera la médecine libérale de sa mort imminente. L’herbe n’est peut-être pas plus verte ailleurs, mais tout me laisse à penser que le ciel, du moins l’horizon, y sont bien moins sombres.

En espérant que votre regard aura changé sur les raisons des déserts médicaux, et que vous avez désormais conscience de l’ampleur des boucliers à lever pour rendre de nouveau la médecine libérale attractive aux jeunes médecins, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de mes respectueuses salutations.
Lettre d’Un Interne Au Maire de La Roche Derien
Mar 25, 2016 by Egora

http://fr.scribd.com/doc/305909058/Lettre-d-Un-Interne-Au-Maire-de-La-Roche-Derien

34 COMMENTS

  1. Par contre, une petite mise en page du texte serait agréable, pour éviter les coupures au milieu d’un mot… Merci 🙂

  2. Bonjour,

    Toutes ces raisons qui poussent à la désertification médicale du territoire, je les connaissais, peut être parce que j’ai dans mon entourage des médecins généralistes et que je m’intéresse à leurs conditions de travail, comme eux s’intéressent aux miennes.
    Pourtant, et bien que ce soit un détail par rapport à l’ensemble des problèmes cités dans votre billet, la souffrance au travail n’épargne pas non plus les cadres et cadres supérieurs, qu’ils travaillent dans le public ou le privé.
    Ce n’est pas notre pays qui est malade, mais toute notre civilisation.

    • Bonjour,
      Vous avez raison, toutefois la cause du décès des médecins en période d’activité est dans 17 % des cas un suicide.
      Le taux de suicide des médecins est de 2.6 fois supérieur à la moyenne en France et les professions de soins sont la profession ma plus touchée.
      L’épuisement au travail, sera probablement la 1 ère cause d’arrêt de travail dans les 10 ans, toutefois les médecins libéraux n’ont pas les moyens de s’arrêter du fait des 90 jours de carence et de la perte d’exploitation qui en résulte et c’est bien un problème supplémentaire, d’autant que l’on ne trouve plus de remplaçant.

      • Attention à ne pas confondre taux de mort par suicide parmi les décès (17% médecin, vs 6% apparement) et taux de suicide (classiquement mesuré en nb de suicide pour 100 000 habitants).

        Ils ne mesurent pas forcément la même chose. En particulier le taux de suicide pari les décès peut juste indiquer que les médecins meurent moins d’autre cause (par exemple car ils sont mieux soignés, ont une meilleure hygiène de vie, etc…). Du coup il est difficile d’utiliser ce chiffre sans détail pour montrer la détresse des médecins.

        En tout cas une lecture interessante pour qui connait mal ces problématiques

        • Syvain, 17% est la cause du décès en période d’activité,2.6 fois plus que la moyenne nationale.
          56% des médecins présenteraient des signes de burn out, selon une enquête officielle de 2007 par l’URLM Iles de France. Les médecins ne sont pas mieux soignés, au contraire ils sont mal soignés pour une simple raison, c’est qu’ils ont 90 jours de carence avant de toucher les I.J., (si ils les touchent, et je suis bien placé pour vous répondre, puisque avec 3 ALD survenues la même année, cela fait 5 ans que je bataille aux tribunaux pour les toucher, alors que TOUS mes soignants, voir la médecine du travail m’a jugé inapte au travail). d’autre part les cabinets médicaux sont des entreprises et on ne trouve plus de remplaçant, donc de grosse difficultés à fermer et à se soigner, parce que l’on ne peut pas déléguer les travail alors que les charges, les salaires et loyers…. continuent, à la différence des salariés ou d’une autre profession libérale qui peut déléguer, comme un expert comptable, un huissier, un notaire…..
          Un coté psychologique intervient aussi, dans ce nombre de suicides, c’est que la majorité des soignants libéraux ou non, médecins ou infirmiers, sont des idéalistes humanistes.
          Enfin, ils ont à faire à de l’humain et non à une marchandise, et l’on ne peut pas comparer le stress qui a trait à de l’humain et à ses conséquences, à celui lié à une marchandise.
          Pour l’hygiène de vie des soignants libéraux, je n’en suis pas certain, compte tenu de leurs horaires.
          En espérant vous avoir répondu, Cordialement

          Docteur Edward Metzger

  3. Du coup si on vous comprend bien il faut fonctionnariser le metier de medecin. N’y a t-il pas d autres pistes à etudier?

  4. Du coup si on vous comprend bien il faut fonctionnariser le metier de medecin. N’y a t il pas d autres pistes à etudier?

    • Marie Even, il y a d’autres solutions. Fonctionnariser les soignants libéraux, obligera à doubler leur nombre et à embaucher du personnel pour toutes les taches administratives et autres que font les soignants libéraux et qui représentent 30% de leur temps.
      Mais les libéraux ne demandent que de redevenir des libéraux, soit la liberté de fixer leurs honoraires en fonction des coûts réels, comme toute entreprise, certains actes n’ont pas évolués depuis 20 ans, alors que l’inflation durant cette période a triplé.
      On peut travailler à perte sur une partie de son activité, mais pas si cette partie ne cesse d’augmenter.
      Le soucis de la France et de sa gouvernance, que ce soit en médecine ou ailleurs, est que les décisions sont prises par les mêmes, sans jamais consulter les intéressés, ou tout au moins ne pas en tenir compte, une MASCARADE de démocratie. C’est idem pour les agriculteurs, les artisans ….
      Docteur Edward Metzger

      • le problème, c’est que la médecine « libérale », ça n’existe pas. la santé est intégralement financée par la collectivité, par la société ; santé libérale = inégalités. si c’est ce que vous souhaitez, il faudra réduire drastiquement le numérus clausus, car vous allez perdre plus des trois quart de vos patients !
        en tant que médecin hospitalier, je suis contente de ne pas être soumise à vos charges administratives, mais j’aimerais bien être comme vous à 56h par semaine au lieu des 75 heures que je fais hebdomadairement …

  5. Lettre hyper réaliste. Et on oublie l’absence d’accident du travail et de maladie professionnelle. Si je me plante la nuit sur une intervention demandée par le 15, cest pour ma pomme. Si je me casse le dos en soulevant une petite grand mère à terre c’est pour ma pomme, si je chope la tuberculose, …..
    Pourtant tous les jours j’aide les patients à faire valoir ce genre de « droit », même quand la demande me paraît excessive.
    Certes le salariat va devenir la solution. Mais va se dévoiler alors l’escroquerie du millénaire. Comme les retraites sont « réparties » et non « capitalisées », et les salariés n’ayant aucune raison de cotiser à la CARMF, il n’y aura bientôt plus assez de collecte pour verser les retraites des médecins. Cette vision devrait accélérer encore la débandade.

  6. Bonsoir, je regrette vraiment de voir un tel pessimisme dans l’avenir alors même que cette personne n’a pas fini ses études.

    Oui, il y a des charges, des impôts, l’urssaf, le rsi et la paperasse… mais quel entrepreneur n’en a pas? Et en quoi ces contraintes seraient plus dures pour un médecin qu’un autre jeune qui lancerait son activité?

    Quand on fait un rapide calcul des revenus d’un médecins à 20 patients par jour (20×23) 20j/mois… ça monte à 9200€ brut… environ 4600€ nets… pourquoi un jeune sortant de ses études aurait-il une quelconque appréhension??
    En plus en zone de revitalisation rurale, il est exonéré d’impôts pendants 5 ans…

    Il y a un truc que je ne saisi pas… désolé…

    • Les zones de revitalisation rurales ne sont pas la règle; d’autre part les grandes villes ne sont ou seront pas épargnés.
      Vous avez une vision idyllique de l’entreprise médicale. Les charges incompressibles sont telles que de travailler 35 heures ou 40 h/semaine ne permet plus de sortir un revenu, et 60 à 65% des médecins généralistes sont des femmes et ont un conjoint qui lui aussi doit trouver un travail.
      Aucune activité ne peut survivre avec des honoraires qui restent figés et ne peuvent pas s’adapter à la réalité des coûts, les charges ne son pas les mêmes selon l’implantation, les tarifs eux sont toujours les mêmes.
      Si le libéral était si intéressant aujourd’hui, on aurait plus des 9% d’étudiants qui voudraient s’installer, ils étaient 55% il y a 35 ans.

      Docteur Edward Metzger

    • Cher RP, vous oubliez les diverses cotisations qui représentent d’abord plus de 50% de ponction sur les revenus bruts (pour une protection par ailleurs nullissime). Puis les impôts et les différentes charges (loyer, électricité… ).
      Comme vous l’explique l’article, il y a une partie des revenus que ne voit jamais le médecin, compte tenu des diverses tracasseries administratives qui font jeter l’éponge pour quelques euros… qui, additionnés chaque mois, représentent des sommes croissantes.
      Le salaire que vous calculez d’une manière aussi simpliste est éloigné de la réalité pour nombre de généralistes…

    • je suis d’accord avec toi RP, je suis installé depuis 6 ans, 30 patients par jour 4 jours par semaine 12 semaines de congé par an, et JE SUIS HEUREUX, meme si le metier est effectivement difficile !
      Les deboires avec la secu sont plutot rares ….
      Il y a une expression qui resume bien l’article a mon avis : « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain »

    • Bonjour, Medecin libéral installer en pneumologie depuis 21 ans, je voulais juste vous faire remarquer que nos charges représentent environ 66% de nos revenus et non pas 50%. Ca change la donne. Le but n’est pas d’opposer les entrepreneurs aux médecins. Nous avons les uns et les autres nos contraintes. Et notre pays gagnerait à encourager l’enrichissement personnel, source de revenus pour la collectivité dans son ensemble, plutôt que la taxation à outrance.

  7. commençons par plafonner les spécialités qui s’en mettent outrageusement plein les poches en libéral (chirurgiens, radiologues, cardio, ophtalmo etc) pour le même niveau d’études et souvent pour un moindre niveau de responsabilité médicale, et humaine… et redistribuons au parent pauvre de la médecine : les généralistes, les pédiatres…
    et le monde hospitalier n’est pas en reste : il coule ! gardes indécemment payées, sous effectifs entrainant un nombre d’heure de travail proche de 60 heures par semaine, jamais récupérables !!
    merci

    • En tant qu hospitalier concerné par la médecine générale (au moins parce que ma compagne est généraliste!), je ne peux qu’être d’accord avec le constat que le statut actuel des médecins généralistes est peu attractif et franchement insecurisant.

      J’ai du mal à comprendre l’attachement de certains au versant libéral de la médecine. La santé n’est elle pas un service public? Le fait de bénéficier (encore) d’une sécurité sociale ne fait-il pas chaque médecin un salarié de la sécurité sociale? Salarier la médecine générale (une partie des spécialistes (ceux que la tarification a l’acte privilégié) se battra pour conserver leur liberté d’enchaîner les actes rentables ou de fixer leurs tarifs) résoudrait beaucoup de problèmes exposés dans cette lettre. En discutant avec des internes en medecine générale, j’ai l’impression que plus de la moitié d’entre eux serait prets à signer pour être salariés sur une grille équivalente à celle des praticiens hospitaliers (malgré une perte de revenu d’environ 1000 euros mensuels en début de carrière par rapport aux 4600 euros moyens pour un généraliste à plein temps).

      On parle aussi du sacrosaint dogme de la liberté d’installation. Je comprends très bien que certaines zones soient peu attractives, surtout pour des jeunes, mais comme tout service public, il y a des zones à pourvoir, des populations à soigner. Les hospitaliers vont la ou il y a des postes. Les profs vont la ou il y a des postes. Avec un passage au salariat (et donc aux prespectives de mutation qui vont avec), est ce que ça ne rendrait pas les choses plus acceptables? (S’installer est toujours un enorme investissement. Je ne connais pas les statistiques sur le nombre de médecins installés qui changent de ville en cours d’activité mais il me paraît excessivement faible.) Ce serait plus acceptable aussi si les études de médecine étaient revalorisées, et que les externes aient un salaire calqué sur celui des instituteurs en formation, pour en finir avec (dans certains grands CHU) ce honteux mi-temps de secrétariat sans réelle formation payé 200 euros par mois qui oblige une grande partie des externes à travailler au Mcdo ou comme aide soignant pour payer leur loyer.

      On me dit souvent que si on salarie la médecine générale, plus personne ne fera rien car on serait payé pareil qu’on ait travaillé ou pas. Je suis médecin hospitalier (secteur public exclusivement) et je dépasse très fréquemment les 60 heures par semaine alors que je ne suis pas payé plus que si je faisais 35 heures. Parce que si je ne fais pas ce travail personne le fera. Parce que c’est mon métier. Parce qu’il est question de la santé de personne. Et une immense majorité des autres médecins hospitaliers avec qui je travaille ou j’ai pu travailler sont exactement dans le même cas.
      On parle de la santé de personnes. Je suis effaré quand j’entends que certains généralistes dépassent les 60 consultations par jour (si j’ai bien compris pas par sacerdoce). Je suis inquiet quand je vois avec quelle facilité des opérations sont facilement réalisées dans certaines cliniques, la ou en hôpital on aurait simplement pris le temps d’expliquer pourquoi cette opération n’est pas indiquée. Inquiet de voir la tarifixation à l’acte menacer l’hôpital public (certaines cliniques sélectionnet les gestes rentables, et laissent à l’hôpital les gestes peu rentables, dont les complications de leurs propres opérations). Ça pourrit la vision qu’on a de tous les médecins. Ça dépasse la question de la médecine générale mais est ce que la médecine libérale et donc les intérêts privés sont pleinement compatibles avec notre fonction d’assurer un service public, mais surtout des soins à des personnes?

  8. Et la main mise des laboratoires sur le système de santé? Et le choix de certains médecins de venir à l’hôpital parce qu’ils ne savent pas gérer leurs patients. Qui sont débordés avec 2 entrées par jour? Qui ont tellement peur d’une plainte qu’ils ne soignent pas mais se couvrent et prescrivent des medicaments sans utilité (antibiotique à la.moindre temperature, ou tamiflu au moindre risque de grippe ) ou même parfois connu publiquement pour leur nocivité. Malheureusement véridique. Je le vois tous les jours dans les services. Je regrette mes anciens chefs qui non seulement étaient accessible, disponible et compétent, mais qui ne pensaient pas qu’à l’argent et considéraient les patients et le personnel comme des individus. Aujourd’hui j’entends des problèmes de repos, de temps partiel, de négociation avec le laboratoire pour savoir combien il va toucher pour ce nouveau produit (oui entendu moi-même dans le service), de médecin formé par le public puis qui vont se vendre au privé, de dessous de table demandé aux patients.pour les opérations. Alors avant de me demander de compatir à la pauvre situation du médecin, j’aimerai que lui même compatisse à la situation du personnel et surtout de ses malades. Qu’il se rappelle que c’est de l’humain que nous traitons.

  9. Excellent article. J’ai enfin compris quelque chose à ce débat ! Merci, je ne vous demande pas de garder espoir puisqu’il ne m’en reste pas beaucoup non plus pour l’avenir de ma profession paramédicale… Mais je vous souhaite beaucoup de courage et de beaux moments dans l’exercice de votre métier !
    Et bravo pour cet article !

  10. Médecin généraliste et leader syndical durant 15 ans, j’ai vainement essayé de tirer la sonnette d’alarme devant l’arrivée parfaitement prévisible de toutes ces aberrations. Alors, j’ai quitté la profession, ouvert une entreprise de prestations de services à l’industrie pharmaceutique et vécu 15 autres années avec des revenus très élevés dans un cadre professionnel très agréable… J’ai pris ma retraite à 54 ans et 9 mois… Récemment, j’ai rencontré une cadre sup’ de l’ARS du Nord. Elle m’a certifié qu’il n’y aurait pas de déserts médicaux !
    Je voudrais dire mon admiration à ce jeune confrère et mon mépris à ces commentateurs idiots qui, un jour, prendront le système dans le nez !

  11. Article motivé, clair et détaillé qui laisse songeur quant aux difficultés de la profession. Malheureusement, le grand public (dont je suis) est très peu au fait de cette réalité.

  12. bonjour cher confrère
    j’ai pris un grand plaisir à lire votre lettre et je suis surpris de tant de lucidité à un si jeune age!! j’ai 56 ans et 1/4 de siècle d’exercice en médecine générale libérale et c’est seulement depuis quelques années que j’ai acquis votre lucidité!j’ai vu l’exercice de la médecine générale libérale se dégrader lentement et ostensiblement; j’ai combattu au sein des instances syndicales mais maintenant est venu le temps de la résignation….Tout ou presque est dit et bien exprimé dans votre courrier et je voudrais insister sur le coté périlleux de notre métier qui en se paupérisant ne nous permet plus au long cours de maintenir nos compétences nécessaires et les moyens de les exercer. J’ai quant à moi trouvé un remède pour garder un certain optimisme: j’enseigne 50 à 60 journées/an au sein d’un organisme agrée de formation médicale AFML « la relation médecin/patient avec la Process Communication »: j’ai ici le temps et les moyens de partager mon savoir et ma passion dans des conditions acceptables.
    Je vous souhaite à vous tous jeunes confrères en MG beaucoup de courage et encore merci de défendre notre si beau métier
    bien confraternellement

    • En effet Alain, je suis moi aussi ravi de voir que dans notre profession il y a des jeunes qui « en ont la-dedans ». Ton article, jeune médecin ! vaut la lecture et je suis bien placé pour le savoir, ayant été comme Alain, et même un peu plus, dans la profession pendant 40 ans maintenant.
      Je suis parti rapidement a Londres, et j’y exerce depuis 20 ans. Ce n’est pas facile et moi aussi j’avais le coeur gros de laisser des patients sans humanité et sans généraliste, dans la montagne du Jura.
      Mais j’ai immédiatement pu vivre sans craindre pour les fins d’années, les impôts qui tombent toujours au mauvais moment, etc…
      Dommage, car par ailleurs il y a tant a faire pour améliorer la santé des français …
      Les arguments au sujets de « rembourser » les frais inhérents a notre formation m’ont bien fait rire, moi qui ai fait des gardes de 24h au SAMU à ses débuts, seul dans l’ambulance en 4eme année de médecine tout ça pour 200 francs !

      En bref merci pour cette bouffée de fraicheur et d’enthousiasme.

  13. Bonjour,

    Je suis fils de commerçant à la retraite, je comprends parfaitement ce que vous citez dans votre article. Et je partage avec vous beaucoup de point.

    Etant donné que vous avez beaucoup de statistiques, pouvez-vous nous communiquer les salaires nets moyens des médecins généraliste libéraux (avant impôts sur le revenu) avec moyennes hautes et basses par département ?

    Par ailleurs, a combien estimez vous le % que représente le net par rapport une consultation ?

    Merci,

    • Bonjour,

      Difficile de comparer un salaire à un revenu libéral.
      Le plus juste est de parler de revenu horaire. Il est de 26.6 euro / heure pour 56 h / semaine, ce qui es la moyenne du généraliste.
      Les charges sont en moyenne de 55% , donc ce qi ne permet pas au médecin moyen d’embaucher une assistante, puisque son revenu moyen est de 80 000 euro pour 2700 heures par an environ et la secrétaire pour 35 heures lui coûterait au moins 35 000 euro.
      Comme dans toutes les professions, il y a des plus hauts et des plus bas, des médecins au SMIC et des médecins qui travaillent 70h ou plus par semaine qui selon les spécialités peuvent arriver au double.
      Le médecin français n’a plus les moyens d’investir, d’embaucher.
      Ce qui différencie les libéraux des salariés, ce sont le nombre d’heures, et en dessous de 35 heures, on ne paye que les charges. Pour certains ces charges peuvent représenter 80% s’ils ont un plateau technique.
      Autre différence, pas de protection sociale, ou alors volontaire en plus de celle obligatoire avec 90 jours de carence et tous les inconvénients des indépendants, surtout s’ils travaillent seuls, ne trouvant plus de remplaçant, à chaque arrêt, congés , congrès , maladie ou tout autre raison, il faut assumer la perte d’exploitation.
      Enfin la retraite est à 67 ans et en moyenne de 2600 euro avant CSG-CRDS e impôts.

      Ce qui serait juste,surtout que la profession se féminise, c’est qu’en travaillant ( tout compris), 40 ou 45 heures/semaine, on puisse en vivre correctement, ce qui n’est pas le cas. D’ou pour certain médecins du secteur 2 des compléments d’honoraires; ceci pour compenser l’absence d’évolution des tarifs de certains actes depuis 20 ou 30 ans.
      Cordialement,
      edward metzger

  14. Bonjour,

    Il y a trois ans, dans le cadre de l’organisation d’un évènement sportif et suite à l’impossibilité de notre médecin habituel d’être libre à cette date, nous avons sollicité un jeune médecin effectuant des remplacements de généralistes. Il était très sympathique et on se voyait bien organiser notre trail avec lui.
    Lorsque nous lui avons demandé combien il prenait pour être présent le samedi après-midi et le dimanche, il nous a répondu « 2000 euros ». Comme nous devenions un peu blancs, il a ajouté « C’est ce que je gagne quand je remplace un collègue le weekend ». Vous comprendrez que l’on a du mal avec le coup du médecin mal payé…
    Dans l’argumentaire développé, c’est une nouvelle fois les aspects financiers les plus mis en avant. Je dois avouer que j’aimerais que l’on parle des patients qui sont en danger parce que l’ordre des médecins bloque systématiquement toutes les propositions. A l’instar d’autres secteurs, ne sommes nous pas encore devant un problème de représentativité des syndicats majoritaires.
    En conclusion, j’aimerais que le débat soit véritablement constructif et permette de donner de la cohérence et du sens à l’offre de santé sur tous les territoires. Les citoyens ne souhaitent pas connaître le problème, ils souhaitent que l’on y apporte des solutions. Pour cela, il faut que chacun fasse un effort pour ne pas être soit dans une logique unique de baisse des dépenses publiques, soit dans une logique corporatiste où l’on essaye d’obtenir le plus possible. Il doit certainement y avoir un chemin entre les deux.

  15. Les médecins ont acceptés passivement d’être inclus dans la nouvelle convention de 2011.
    Celle ci exprimait bien clairement que les médecins allaient désormais être rémunérés sur objectifs de santé publique (ROSP). Tout le corps médical généraliste a accepté ces sous « gracieusement offerts » désormais chaque année (et comme par hasard personne n’en cause dans cette lettre !!!)
    Les médecins ont cautionné passivement le fait de ne plus être en exercice libéral (il fallait écrire un courrier pour ne pas être dans cette nouvelle convention fin 2011 et envoyer tout cela en R/A, personne ne l’a fait).
    Maintenant, les médecins se réveillent mais il est trop tard: ils ont vendu leur âme au diable depuis un moment !!!!
    Le système de santé est désormais en pleine mutation. Nous allons vers une médecine étatisée. Ce ne sera plus « l’Idéal Français » du syst. de santé: nous allons être comme le système anglais. Ce sont les médecins français eux mêmes qui sont responsables de tout cela car ils se sont laissés menés par le bout du nez sans comprendre: on fait facilement taire les gens et on les empêche de penser quand on leur donne des sous pour cela!! Il y a 4 ans en arrière, ce qui se jouait de l’avenir de la santé en France et de leur profession, les médecins n’ont pas voulu s’en soucier.
    Je suis MG et j’este notre génération est responsable d’avoir cautionné ce nouveau système: on nous a acheté, alors arrêtons de nous plaindre et organisons notre exercice autrement, voilà tout.

  16. Vous reprochez au Medecin de penser à l’argent ? Vous pensez que le cabinet est sorti de terre ? Qu’il est acceptable de bosser toujours plus pour gagner toujours moins. Quel genre de Medecin souhaitez vous ? À la bougie ? Travailler 60h pour gagner un smic Ca be vous dérange pas tant qu’il répond au téléphone et vous prend entre 2… Vous devez confondre avec un curé. Je pense qu’une majorité de français ne mérite pas ses medecins. Moi aussi j’ai raccroché le libéral en 6 mois. Un chiffre d’affaire qui a lair bien à force d’heure et de travail, et au bout du compte salaire plus que moyen, tracasseries en tout genre et aucune sécurité ! Et ca ne va pas s’arranger

  17. En tant qu hospitalier concerné par la médecine générale (au moins parce que ma compagne est généraliste!), je ne peux qu’être d’accord avec le constat que le statut actuel des médecins généralistes est peu attractif et franchement insecurisant.

    J’ai du mal à comprendre l’attachement de certains au versant libéral de la médecine. La santé n’est elle pas un service public? Le fait de bénéficier (encore) d’une sécurité sociale ne fait-il pas chaque médecin un salarié de la sécurité sociale? Salarier la médecine générale (une partie des spécialistes (ceux que la tarification a l’acte privilégié) se battra pour conserver leur liberté d’enchaîner les actes rentables ou de fixer leurs tarifs) résoudrait beaucoup de problèmes exposés dans cette lettre. En discutant avec des internes en medecine générale, j’ai l’impression que plus de la moitié d’entre eux serait prets à signer pour être salariés sur une grille équivalente à celle des praticiens hospitaliers (malgré une perte de revenu d’environ 1000 euros mensuels en début de carrière par rapport aux 4600 euros moyens pour un généraliste à plein temps).

    On parle aussi du sacrosaint dogme de la liberté d’installation. Je comprends très bien que certaines zones soient peu attractives, surtout pour des jeunes, mais comme tout service public, il y a des zones à pourvoir, des populations à soigner. Les hospitaliers vont la ou il y a des postes. Les profs vont la ou il y a des postes. Avec un passage au salariat (et donc aux prespectives de mutation qui vont avec), est ce que ça ne rendrait pas les choses plus acceptables? (S’installer est toujours un enorme investissement. Je ne connais pas les statistiques sur le nombre de médecins installés qui changent de ville en cours d’activité mais il me paraît excessivement faible.) Ce serait plus acceptable aussi si les études de médecine étaient revalorisées, et que les externes aient un salaire calqué sur celui des instituteurs en formation, pour en finir avec (dans certains grands CHU) ce honteux mi-temps de secrétariat sans réelle formation payé 200 euros par mois qui oblige une grande partie des externes à travailler au Mcdo ou comme aide soignant pour payer leur loyer.

    On me dit souvent que si on salarie la médecine générale, plus personne ne fera rien car on serait payé pareil qu’on ait travaillé ou pas. Je suis médecin hospitalier (secteur public exclusivement) et je dépasse très fréquemment les 60 heures par semaine alors que je ne suis pas payé plus que si je faisais 35 heures. Parce que si je ne fais pas ce travail personne le fera. Parce que c’est mon métier. Parce qu’il est question de la santé de personne. Et une immense majorité des autres médecins hospitaliers avec qui je travaille ou j’ai pu travailler sont exactement dans le même cas.
    On parle de la santé de personnes. Je suis effaré quand j’entends que certains généralistes dépassent les 60 consultations par jour (si j’ai bien compris pas par sacerdoce). Je suis inquiet quand je vois avec quelle facilité des opérations sont facilement réalisées dans certaines cliniques, la ou en hôpital on aurait simplement pris le temps d’expliquer pourquoi cette opération n’est pas indiquée. Inquiet de voir la tarifixation à l’acte menacer l’hôpital public (certaines cliniques sélectionnet les gestes rentables, et laissent à l’hôpital les gestes peu rentables, dont les complications de leurs propres opérations). Ça dépasse la question de la médecine générale mais est ce que la médecine libérale et donc les intérêts privés sont pleinement compatibles avec notre fonction d’assurer un service public, mais surtout des soins à des personnes?

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