Les infirmiers anesthésistes sont en colère

Les infirmiers anesthésistes sont en colère

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Depuis soixante ans ces professionnels n’ont jamais été revalorisés à la hauteur de leur compétence.

Par Bernard Kron

Les urgentistes et les médecins ont fait grève. Les internes des hôpitaux avaient manifesté leur mécontentement pour obtenir la semaine de 45 heures et le repos compensateur. Le point d’orgue avait eu lieu au mois de mars 2015 avec la révolte des soignants. Ce mouvement avait repris avec le Black Friday, malheureusement marqué par les sinistres attentats de novembre. Tous les soignants s’étaient mobilisés aux urgences pour secourir et soigner les centaines de blessés.

C’est maintenant le tour des infirmières et infirmiers anesthésistes (IADE) de se faire entendre car depuis soixante ans ils n’ont jamais été revalorisés à la hauteur de leur compétence.

L’article 60 de la loi santé prévoit la création de « professions intermédiaires » qui donnent accès au statut particulier de professionnels médicaux en « pratiques avancées ». Cette disposition permet aux professionnels concernés de travailler en autonomie, c’est-à-dire d’établir une évaluation clinique, de définir un diagnostic et de réaliser un acte technique.

De fait, de par leur expertise en anesthésie et en soins d’urgences, les IADE estiment qu’ils sont déjà des infirmiers en « pratiques avancées ».

Laurent Krzyzaniak, président de l’Association des infirmiers anesthésistes de France avait clairement expliqué cette situation dans une tribune du Nouvel Obs :

« Dans la nouvelle loi santé, nous assistons à la création d’une nouvelle classe de paramédicaux : les professions intermédiaires (ou infirmiers de pratique avancée). Cette nouvelle catégorie se voit reconnaître autonomie, niveau d’études… Tout ce qui nous est refusé depuis si longtemps, avec en plus le risque de voir notre formation vidée de sa substance. »

« Pour vous, je ne suis qu’une de ces nombreuses personnes qui vous accueillent lors de vos interventions. Le plus souvent anonyme, ou vite oublié, je suis celui dont vous cherchez le regard quand l’anesthésie commence et que l’angoisse vous étreint ».

Les IADES sont experts en anesthésie, réanimation et urgences ; c’est la seule profession paramédicale à détenir une exclusivité de compétence en anesthésie. Cette compétence est validée par deux diplômes d’État, un cursus de formation de sept ans, un niveau d’étude master.

Ce n’est pas un métier indépendant mais autonome. Leur formation en pharmacologie, physiologie, physiopathologie, les stages cliniques, leur permettent de détecter les problèmes, de les analyser et d’y répondre. « Nous prenons des décisions. Nous agissons. Nous assumons nos responsabilités »affirment leurs représentants.

Tout cela est en lien étroit avec le médecin anesthésiste afin d’assurer un maximum de sécurité et une prise en charge de qualité. C’est ce travail de collaboration, en confiance, qui assure à nos concitoyens des soins sûrs et de haut niveau.

Héritiers des infirmiers anesthésistes américains qui débarquèrent en Normandie en 19451, les IADE sont depuis 60 ans auprès des opérés dans les moments les plus délicats de leur vie.

« Notre profession est muselée : pire, elle est niée » déclarent les IADE

« Ignorés du grand public, nous sommes méprisés par nos tutelles et par les représentants des médecins avec qui nous travaillons chaque jour. Notre travail, nos compétences, notre formation, notre autonomie, notre dévouement, rien n’est reconnu ».

«  La pénibilité nous est refusée. Quand je travaille 100 heures en deux semaines avec deux nuits blanches, n’est-ce pas pénible ? Quand je travaille 21 heures de suite sans interruption, n’est-ce pas pénible ? »

« Les sociétés savantes en anesthésie (SFAR) persistent à dire que nous ne sommes que des exécutants. Pourquoi ne pas  dire que la sécurité est assurée grâce à la présence permanente en salle des infirmiers anesthésistes ? »

« La Loi santé dénigre encore plus notre métier ».

 » Dans la nouvelle Loi santé, nous assistons à la création d’une nouvelle classe de paramédicaux : les professions intermédiaires (ou infirmiers de pratique avancée). Cette nouvelle catégorie se voit reconnaître autonomie, niveau d’études… Tout ce qui nous est refusé depuis si longtemps, avec en plus le risque de voir notre formation vidée de sa substance ».

Les infirmiers anesthésistes ne sont pas reconnus comme professions intermédiaires alors qu’ils ont pourtant obtenu la reconnaissance de leurs études au niveau master en 2014.

Ils remplissent tous les critères les rendant éligibles à un statut équivalent aux infirmiers « en pratiques avancées », mais cela leur est refusé. De plus, les IADE ne sont toujours pas rémunérés sur la base d’une grille indiciaire correspondant à leur niveau d’études.

Ainsi, les infirmiers anesthésistes sont habilités, à condition qu’un médecin anesthésiste puisse intervenir à tout moment, à appliquer de façon autonome les techniques d’anesthésie générale.

Les infirmiers anesthésistes sont donc bien en position d’autonomie dans la pratique actuelle de leur métier. Aujourd’hui intégrés au cadre d’emploi des Infirmiers diplômés d’État (IDE) qui regroupent des professionnels au grade de licence, les IADE devraient entrer légitimement dans le statut des professions intermédiaires en pratique avancée.

Le point de vue de la SFAR, syndicat des médecins anesthésistes :

« Pour ce qui est de l’exercice de l’anesthésie, les IADE sont déjà en exercice de pratique avancée. Il faut donc que le Ministère le reconnaisse ».

L’article 30 de la Loi de Santé qui définit l’exercice en pratique avancée pour les professions paramédicales ne semble pas pouvoir leur être appliqué en l’état.

Un décret d’application de cet article devrait en effet fixer, pour chaque professionnel paramédical,« les domaines d’intervention en pratique avancée »« les activités que le professionnel peut accomplir dans chacun de ces domaines d’intervention », et « en tant que de besoin, les types d’actes pouvant être réalisés de façon autonome par le professionnel ».

Aucune autre profession paramédicale n’a actuellement ce degré d’autonomie et de responsabilité dans la prise en charge des patients.

Tout aussi clairement, la consultation d’anesthésie doit rester médicale. La pénurie médicale est en voie de correction (2500 internes d’anesthésie réanimation en formation actuellement mais aussi installation de nombreux médecins diplômés hors de France).

Telle est la situation qui comme pour l’ensemble des professions de santé devra être réformée.

La segmentation des professions de santé et des spécialités est devenue d’une telle complexité qu’une mise à plat s’impose.

Publié le 31 janvier 2016 dans Social

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