Un nouveau front demande le retrait pur et simple du texte de la ministre Marisol Touraine, tandis que les plus gros syndicats de médecins cherchent, eux, toujours à le réécrire en partie.

Alors que le gouvernement se débat avec la loi Macron, voilà que la pression remonte sur le projet de loi santé de Marisol Touraine, qui arrivera mi-mars en commission à l’Assemblée. Un collectif de syndicats de professionnels de santé libéraux a envoyé une lettre au premier ministre Manuel Valls pour demander le retrait pur et simple du texte. Ce «Mouvement pour la santé pour tous», créé à l’initiative du Syndicat des médecins libéraux (SML, minoritaire), rassemble un large éventail de syndicats, de la Fédération des médecins de France aux syndicats de chirurgiens, en passant par deux syndicats d’infirmiers, de dentistes et des organisations de kinés.

«Nous sommes au service de la colère de nos mandants, fait valoir Éric Henry, président du SML. Marisol Touraine souffre de surdité, François Hollande répond à côté. Donc nous demandons àManuel Valls, qui ne s’est pas encore exprimé sur le sujet, de désinscrire le projet de loi santé du calendrier parlementaire.»

Les professions paramédicales, en particulier, ne goûtent guère que les médecins soient les seuls reçus au ministère pour participer ces dernières semaines à l’écriture d’amendements au projet de loi. Une concertation obtenue, toutefois, de haute lutte par les médecins après leur grève de fin décembre. «Nous dénonçons l’irrespect et le mépris du ministère à notre encontre, attaque Philippe Tisserand, président de la Fédération nationale des infirmiers. Le projet de loi nous emmène tout droit vers un modèle où nous deviendrons les salariés des médecins.» Catherine Mojaïski, présidente de la CNSD, premier syndicat de dentistes, trouve pour sa part «insupportable d’avoir été ainsi oublié».

«Les difficultés sont considérables»

Les plus gros syndicats de médecins ne se sont toutefois pas joints à ce mouvement cimenté par la colère. Et pour cause: ils ne réclament pas le retrait de la loi santé. Ils veulent la réécrire en partie… ce qu’ils essayent de faire au sein de groupes de travail thématiques. Celui sur la généralisation du tiers payant a commencé à lister les problèmes rencontrés avec l’avance de frais pratiquée en faveur des affiliés à la CMU. «Les difficultés sont considérables», relève Claude Leicher, président de MG France. Seuls les travaux autour de l’organisation des soins en région et sur les généralistes semblent avoir avancé. Quant à celui sur le service public hospitalier, il est bloqué. De source syndicale, un point d’étape de la ministre est attendu en début de semaine prochaine.

Reste que les membres du «Mouvement pour la santé pour tous» ne croient pas à une réécriture du texte. «Comme les modifications seront apportées par amendement, nous serons incapables de savoir ce qu’il y aura au final dans la loi», argumente Éric Henry, dont le syndicat participe pourtant aux concertations.

Tous ont en ligne de mire la manifestation du 15 mars, lancée au départ par les syndicats d’internes en médecine. Les organisations de médecins, les unes après les autres, s’y sont associées, suivies par les autres professionnels de santé. Quel est le point commun à tous ces mécontents, entre ceux qui participent à la concertation et ceux qui réclament l’abandon du texte? «Aucun ne veut du projet de loi tel qu’il est actuellement», résume Catherine Mojaïski. Tous s’attendent en tout cas à ce que le degré de réécriture du texte dépende de l’importance de la mobilisation du 15 mars.

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