Editorial du Président de la Caisse de Retraite des Médecins au sujet de la gestion de la santé par les politiciens… Edifiant et malheureusement tout à fait exact…. 

Lorsqu’on était inefficace, nos parents parlaient de travail de singe. Ils avaient raison. Si certains singes sont porteurs d’ébola, d’autres le sont d’ENA, virus tout aussi dévastateur. Le premier détruit l’homme et affaiblit la société, le second détruit la société et affaiblit l’homme. Il s’attaque à tout ce qui marche, infectant les organes vitaux, altérant leur fonctionnement. Une fois malades, les secteurs touchés survivent tant bien que mal, les nombreux traitements appliqués pour retrouver la santé sont tous aussi inefficaces et plus coûteux les uns que les autres.

Les symptômes de la maladie sont bien connus de tous, de l’« inaptocratie » de d’Ormesson à la complexité de Macron, ils peuvent se résumer en un mot : la suradministration. Tout comme trop d’impôt tue l’impôt, trop d’administration tue l’administration.

Les porteurs de la maladie s’attaquent à nos caisses de retraite, dernières institutions qui fonctionnent bien, à moindre coût et sans deniers publics. Tout doit être détruit et mis aux normes. Le RSI a été touché par ces normes administratives centralisatrices, simplificatrices, au point qu’un journal titrait il y a peu, à propos des déboires des affiliés : « RSI : bienvenue en enfer ».

Sourds et aveugles, satisfaits de ce succès destructeur, les contaminés ont décidé de nous mettre aux mêmes normes : fusions, directeurs imposés, modifications des conseils d’administration, conventions d’objectifs et de gestion, déresponsabilisation des élus, etc. Tous ces outils et méthodes sont dictés par des individus sans expérience, n’ayant jamais mis les pieds dans les organismes concernés.

Sous perfusion, notre système de santé est à l’agonie, victime d’acharnement thérapeutique avec ce paradoxe : plus il rationne (valeur des actes, déremboursements, génériques, réduction des lits, pénurie de professionnels…) plus il coûte cher. Les responsables refusent de voir que les derniers traitements proposés vont aggraver les choses. Autre victime des essais thérapeutiques, l’enseignement qui ne transmet plus le savoir. Le niveau moyen des élèves n’arrive pas à celui des cancres d’il y a cinquante ans, un jeune sur cinq ne sait plus lire, écrire ou compter, malgré un budget de 6,1 % du PIB et la plus grosse entreprise mondiale. Il en est de même pour l’agriculture, le bâtiment, les PME gravement malades de la surréglementation. Pour soigner, on réforme encore et encore, et tout est décidé par des ignorants qui savent tout, et quand ils nous parlent de simplification, nous craignons le début de nouvelles complications sans limites.

Pourquoi, pour n’importe quel emploi, demande-t-on un minimum d’expérience, alors que pour faire des lois, on n’en demande aucune ? Un ancien haut responsable des retraites, récemment nommé directeur d’une caisse, se plaignait, lors d’une réunion, de tous ces textes rendant la situation infernale et la gestion des caisses impossible, jusqu’à ce qu’un autre directeur lui rappelle sa part de responsabilité. Sortant d’une hospitalisation, le plus haut responsable des hôpitaux, à l’origine de nombreux textes réglementaires depuis des années, déclarait « Je ne savais pas que les hôpitaux c’était comme cela ! ». Je me souviens aussi de celui qui, passé dans le monde réel, devant son incapacité à appliquer des textes dont il avait lui-même participé à l’élaboration, appelait au secours son avocat !

Non contents d’administrer, ce pourquoi ils ont été formés et qu’ils font très bien, le problème est qu’ils se mettent à faire ce pourquoi ils n’ont ni formation ni expérience ni légitimité. Ces « héritiers de la culture dominante », selon l’un d’eux, ont mis en place une « élitocratie centrée sur elle-même s’apparentant à un réseau népotique ». Bien que le chef de file de la promotion Voltaire dise que : « Cela ne coûte rien, c’est l’État qui paye », pour financer leurs échecs, ils rivalisent de créativité fiscale avec les politiques, avec une efficacité redoutable, totalement indifférents à l’égard des plus démunis comme j’ai pu le constater, pour les bas revenus.

Que faire ? En 1315 le surintendant des finances Enguerrand de Marigny fut accroché au gibet de Montfaucon par Philippe le Bel. En 1661 et 1716, Louis XIV et Louis XV instituaient des chambres de justice pour condamner les dilapidateurs des deniers publics. L’écossais John Law, responsable d’une des plus grandes catastrophes financières mondiales fut expulsé par Louis XV qui fit condamner dix-sept surintendants et contrôleurs généraux à la potence ou à la hache car ils avaient failli.

Mais autres temps, autres mœurs, et les défauts d’hier sont devenus les qualités d’aujourd’hui, ce qui fait que là où on décapitait pour manquement à l’enrichissement de la France et des Français, aujourd’hui on accorde des promotions.

Einstein disait qu’on ne pouvait pas résoudre les problèmes avec ceux qui les avaient créés. Tout comme pour ébola, il existe 30 % de guéris ou de porteurs sains, qui, le plus souvent réparent les dégâts en aval. Pourquoi ne pas mettre ces personnes en amont ? Plus que les hommes, c’est le système qui est mauvais. Si au lieu d’élaborer des lois en sortant de l’école, les mêmes le faisaient après dix ans d‘activité dans la branche qu’ils ont pratiquée, les choses seraient différentes. Ils rédigeraient alors des textes utiles dans le seul but d’améliorer les problèmes vécus au lieu d’en créer de nouveaux. Autant que l’empilement des textes, il y a aussi le fait qu’ils sont écrits par des gens qui n’ont aucune expérience et ne savent pas réellement de quoi ils parlent.

Tout ce petit monde affiche une indifférence coupable à l’égard des dérives que ce système pervers fabrique naturellement. À croire que ces princes qui nous gouvernent y trouvent un intérêt politique et parfois personnel. Leurs lois sont faites pour les autres, surtout pas pour eux. On peut penser que cela explosera un jour, que la tolérance publique va s’épuiser face à l’impunité que l’élite politique toute puissante s’octroie. Un confrère député-maire à qui je disais cela, il y a déjà vingt ans, m’avait répondu « Non ! Tu sais, l’homme s’habitue à tout, même à la pauvreté. » Il avait bien raison. Ils savent jusqu’où ils peuvent aller, avec beaucoup de cynisme.

En deux mille ans, les Français ont enrichi les familles et l’État. Depuis 1980, on a inversé la vapeur : hier on transmettait un patrimoine et des valeurs morales, aujourd’hui on transmet des dettes, sans foi ni loi. Encore combien de temps avant de se réveiller dans un monde en ruines ?

Dr Gérard MAUDRUX

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