La démocratie sanitaire en petit comité de Marisol Touraine épinglée . Parti...

La démocratie sanitaire en petit comité de Marisol Touraine épinglée . Parti unique?

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Paris, le jeudi 3 mars 2016 – En 2014, dans le cadre de la « stratégie nationale de santé », Marisol Touraine avait présenté ses propositions destinées à « incarner un an II de la démocratie sanitaire ». Un vaste programme dont le sous titre sous entendait clairement que le ministre considérait qu’avant son ère la démocratie sanitaire n’était qu’un balbutiement. Mais est-elle plus vivante aujourd’hui ? Les critiques se multiplient depuis plusieurs mois. Alors que beaucoup avaient déjà remarqué que la forme prise par la concertation ouverte sur le dépistage du cancer du sein ne laissait en réalité que peu de place à des positions contraires aux dogmes officiels, la démission avec fracas il y a quelques semaines d’un haut fonctionnaire membre de la conférence nationale de santé a beaucoup fait parler. Dans un rapport au vitriol remis à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), Thomas Dietrich dénonce le simulacre de démocratie sanitaire mis en place par Marisol Touraine et l’absence totale de véritable écoute de la voix des représentants des usagers.

Parti unique ?

D’autres observations vont aujourd’hui dans le même sens. La loi de Santé prévoit la création d’une Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé (UNAAS) (dont on ne sait si ses avis seront plus entendus que ceux de la Conférence nationale de santé qui était très largement méconnue avant la démission spectaculaire de Thomas Dietrich !). Pour la préparation du décret d’application devant officialiser la création de l’UNAAS, le ministre a confié à l’inoxydable Edouard Couty le soin de mener une concertation préalable. Surprise, qui trouve-t-on au sein du comité technique de cette concertation : « sur ses dix membres, outre son Président et un représentant » du ministère de la Santé « huit sont adhérents du Collectif inter associatif sur la santé (CISS). Les associations agréées non membres du CISS n’ont quant à elles pour seul moyen d’expression qu’une possibilité de contribution écrite, à propos d’un projet de décret dont elles ne disposent pas d’ailleurs », s’alarment dans une lettre ouverte au ministre de la santé l’UFC-Que Choisir et la CLCV. Ce choix ne peut être que déploré par les deux organisations qui jugent : « Le renforcement de la démocratie sanitaire ne peut pas passer par la création d’un parti unique de représentation des patients et usagers, qui dérivera nécessairement vers une navrante pensée unique qui affaiblirait le fonctionnement du système de santé dans son ensemble » écrivent les deux associations.

Hégémonie

Cette désignation de « parti unique » fait allusion aux nombreuses marques de faveur déjà octroyées au CISS par le passé. C’est ainsi que la présidence de la Conférence nationale de la santé est aujourd’hui assurée par une membre du CISS. Par ailleurs, quand il s’est agi de désigner une personnalité pour présider une mission sur les « dispositifs » susceptibles de renforcer l’autonomie et la capacité de décision des personnes malades (évoqués dans la loi de santé), qui le ministre a-t-elle nommé ? Christian Saout qui n’est autre que le président du CISS.

De la difficulté de mordre la main qui te nourrit

Le ministère de la Santé aurait, il faut dire, tort de se passer d’un allié aussi précieux. Non content de multiplier les sorties contre les médecins libéraux (qui n’ont jamais été particulièrement choyés par le ministre quoi qu’elle en dise), le CISS a toujours fidèlement soutenu le projet de loi de santé et la très grande majorité des initiatives du gouvernement sur le plan sanitaire. Il faut dire que le CISS pourrait avoir des scrupules à dénigrer des pouvoirs publics qui participent si largement à son financement : il est en effet financé à hauteur de 86,95 % par des fonds publics et 78,2 % des sommes qu’il reçoit proviennent de la direction générale de la Santé. Une particularité qui fait rappeler aux deux patrons de l’UFC Que Choisir et de la CLCV que pour leur part elles «contribuent à la pleine prise en compte de l’intérêt des usagers, en toute indépendance, en particulier financière ».

Sur le site du CISS, bien sûr, cette affaire n’est nullement évoquée.


Lettre ouverte de Que Choisir et de la CLCV

Aurélie Haroche

Source Journal du JIM du 03 mars 2013

La démocratie : ce n’est pas confisquer la voix du peuple

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