« Écoutez les hurlements des médecins en souffrance… »

« Écoutez les hurlements des médecins en souffrance… »

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Après le suicide de son jeune associé, c’est par une « lettre ouverte » à Marisol Touraine qu’un généraliste marseillais a choisi d’exprimer son désarroi. Un courrier qu’il signe ainsi : « Dr Jean-Baptiste Gasc, médecin récemment retraité, parti sans successeur, meurtri d’avoir laissé ses deux associés dans un carcan professionnel… que l’un d’eux n’a plus supporté. »

Le Dr Gasc nous a fait parvenir ce texte. Nous la reproduisons ici intégralement :

Madame la Ministre,

C’est, malgré ma profonde tristesse, avec l’espoir de votre sincère considération que je tiens à vous faire part du décès de mon associé le Dr Olivier S., jeune médecin de 42 ans, exerçant depuis 2003 à mes côtés, dans le 9e arrondissement de Marseille. Il vient d’être retrouvé, suite à une disparition de dix jours, le 27 octobre 2015, sur une aire de jeux en Corrèze, décédé par pendaison.

Le Dr Olivier S. rejoint hélas ses confrères et consœurs, victimes comme lui d’une pathologie insidieuse qui affecte de plus en plus le corps médical : l’épuisement, physique comme psychologique – appelez le burn in, burn out ou tout simplement « trop c’est trop » – mais dont la plus malheureuse conséquence est incurable.

Madame la Ministre, vous n’êtes évidemment pas sans savoir que le taux de suicides dans le milieu médical avoisine le triple de celui de la population générale en France.

Madame la Ministre, je vous demande de faire face et de réagir : le corps médical se trouve dans une grande souffrance. Ce métier de conviction, d’engagement et d’amour, relève, chaque jour un peu plus, de tâches administratives, de gestion et d’économie de soins, du contrôle dirigiste et permanent des organismes de Sécurité sociale… aux dépens de l’écoute attentive du patient, de l’application à établir un diagnostic pathologique et de la disponibilité à son accompagnement vers la guérison.

Le corps médical est en souffrance et l’absence d’installations (pas seulement dans « certaines zones » tel que vous le signalez mais bien dans toutes les zones « sur- » ou « sous- » peuplées) en est le symptôme criant. Les jeunes médecins ne veulent plus d’un travail exténuant et, de surcroît, dévalorisé. Les départs à la retraite, de plus en plus nombreux et de plus en plus tôt, se font, pour beaucoup de médecins, dans un sentiment frustrant d’abandon des patients : le taux d’absence de successeur à la reprise d’une patientèle n’a jamais été aussi important. Quant au peu de médecins en exercice actuellement, la pression et le stress permanents de leur activité les mettent quotidiennement en danger.

Madame la Ministre, regardez enfin cette réalité ; aidez nos jeunes thésés à retrouver l’envie de s’installer, la liberté d’exercer où ils le désirent et la possibilité financière d’employer du personnel pour les seconder en les honorant correctement.

Je suis convaincu que l’évolution du métier de médecin, telle qu’elle est projetée et soutenue par vous, dénie cette réalité. La multiplication des maisons de santé, notamment, n’améliorera pas cet état de faits, sans attraits, elles restent et resteront désertées par le corps médical. La généralisation du tiers payant créera sans doute une augmentation des dépenses et n’aidera pas à dynamiser le désir d’installations nouvelles.

Madame la Ministre, le corps médical est porteur de solutions ; suspendez cette destruction en marche de la médecine libérale et écoutez ses doléances et ses propositions.

Malheureusement, vous ne pourrez plus entendre celles du feu Dr Olivier S., Madame la Ministre, respectez nos disparus volontaires en donnant enfin à leurs hurlements l’écho retentissant qu’ils méritent.

Dr Jean-Baptiste Gasc, médecin récemment retraité, parti sans successeur, meurtri d’avoir laissé ses deux associés dans un carcan professionnel… que l’un d’eux n’a plus supporté.

 

Source Le quotidien du médecin 31/10/2015

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