Par Patrick de Casanove

imgscan contrepoints 2013-2433 santéUn peu d’histoire

Le politique a toujours plus ou moins mis son nez dans les relations entre les médecins et les patients. Jusqu’à la 2ème guerre mondiale il le faisait par petites touches et par à-coups.
Le changement de modèle économique a eu lieu en 1945 avec la prise de contrôle par l’État de l’assistance à autrui. De là date le début de la nationalisation du système de santé français.

« La fraternité est spontanée, ou n’est pas. La décréter, c’est l’anéantir. La loi peut bien forcer l’homme à rester juste ; vainement elle essaierait de le forcer à être dévoué. » – Frédéric Bastiat, Justice et fraternité.

C’est à ce moment là qu’a été détruite la « médecine de l’individu ». Toutes les lois, décrets et conventions qui ont suivi n’ont eu pour but que d’étendre et parachever cette nationalisation. Ce n’est donc pas avec la première convention médicale de 1971, ni avec les ordonnances de 1996 du plan Juppé, ni avec la loi santé de Marisol Touraine que s’est joué l’avenir de la médecine en France ou qu’a eu lieu le changement de paradigme. La faute initiale et l’erreur conceptuelle de base datent des ordonnances de 1945.

Pour construire la Sécurité Sociale, l’État a détruit tout ce qui existait : assurances, solidarités familiales, sociétés de secours mutuels, associations de bienfaisance, paternalisme, « contrat »1avec le médecin etc.

« En premier lieu, nous constatons que toujours ou presque le service public éteint, en droit ou en fait, le service privé de même nature. Quand l’État se charge d’un service, généralement il a soin de décréter que nul autre que lui ne le pourra  rendre. » – Frédéric Bastiat, Services privés, service public.

Pour leur faire avaler la pilule et confisquer leurs économies les hommes de l’État ont fait miroiter aux Français un avenir radieux et solidaire où ils n’auraient plus besoin d’épargner, donc de se priver, pour leur retraite ou leur santé. Hier comme aujourd’hui il existe une majorité de personnes qui croient les promesses des politiciens.

Aux sources du désastre : la destruction de la responsabilité individuelle au profit de l’arbitraire du politique

La création de la Sécu a eu lieu il y a bientôt quatre générations. Personne ne se souvient de ce qui existait avant. Il y a pire : bien des Français sont persuadés qu’avant la Sécu il n’existait rien ou seulement l’exploitation de la misère des Français par les « capitalistes ».

Ainsi il paraît que« le Conseil National de la Résistance a créé un système de protection sociale solidaire, et nationalisé les grandes sociétés d’assurances privées, au motif que la souffrance ne devait pas être source de profit pour « les grandes féodalités ». » Est une grande féodalité ce qui échappe à l’État. Une grande féodalité d’État s’appelle un service public et bénéficie d’une rente à vie appelée monopole du service public. Mettre fin aux grandes féodalités est prétexte à la confiscation par l’État du système d’assistance et de solidarité. Son alibi est que seul l’État pourrait assurer la protection et la justice sociales. Le collectivisme donne tout pouvoir aux politiciens dans le but d’asseoir leur domination sur les populations. Cet objectif de domination est parfaitement cohérent avec la logique étatique des communistes et des gaullistes qui ont mené à bien cette spoliation.

En créant la Sécurité sociale, l’État a détruit la responsabilité personnelle.

« Ce n’est jamais sans créer pour l’avenir de grands dangers et de grandes difficultés qu’on soustrait l’individu aux conséquences de ses propres actes ». – Frédéric Bastiat, Des Salaires.

La responsabilité personnelle détruite a été remplacée par l’arbitraire du décideur politique. L’État devient juge et partie. Il décide seul et selon son bon plaisir de l’ensemble de la politique de santé. Chaque partie a son bon plaisir. Cette intervention de l’État introduit un tiers dans le « colloque singulier » ; cette relation particulière, unique, intime et de confiance qui unit le médecin et son patient, est détruite.

C’est de cet instant que datent la naissance de l’assistanat et de la dépendance des Français vis-à-vis de l‘État. Les politiciens en général et les thuriféraires de la Sécu en particulier, dénoncent la « société d’assistance » pour mieux l’aggraver parce qu’ils y voient la preuve de l’incapacité des Français à se prendre en charge. Ils affirment que les Français, peuple d’assistés, ne pourraient rien faire de bon par eux-mêmes, surtout pas prendre soin de leur santé. Ils décrètent que nulle réforme n’est possible avec des gens pareils. Bien entendu c’est faux mais soixante-dix ans de conditionnement des populations ont été efficaces. Les Français finissent par le croire. Enfin, cataloguer les Français comme irréformables évite aux politiciens de leur proposer de véritables réformes.

Les intérêts des politiciens obéissent à des objectifs qui leur sont propres. Dans une démocratie, il s’agit d’être élu2. Ils ont besoin de clientèles qu’ils achètent. La Sécu et ses remboursements discrétionnaires leur sont utiles. L’intérêt général n’a rien à voir là-dedans. D’ailleurs les politiciens prétendent être seuls à le connaître et il varie en fonction de la faction qui s’empare du pouvoir. C’est autour du fantasme de « l’intérêt général » que s’est bâtie la Sécu. Le prétexte est d’établir la « justice sociale », n’ayant rien à voir avec la justice puisqu’il s’agit de voler les uns au profit des autres et vice versa.

Aucune justice ne peut reposer sur le vol. Une spoliation légale reste une spoliation et engendre toujours l’injustice.

(À suivre)

  1.  J’entends par contrat le petit carnet sur lequel le médecin inscrivait les soins à apporter à tel ou tel et la rémunération convenue en nature (canards, légumes, confiture etc.) ou en espèces. J’ai eu entre les mains le petit carnet du médecin d’Ondres au début du XXème siècle.
  2. Cf. la « Théorie des choix publics » de James M. Buchanan (prix Nobel d’économie 1986) etGordon Tullock.

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