Par Bernard Kron.

Médecin consultation ordonnance (Crédits : Life Mental Health, licence CC BY 2.0)

Depuis la suppression des concours de l’externat en 1968 et de l’internat en 2002 le cursus des études médicales a peu évolué. La fin des concours décourage l’élitisme et oriente les étudiants vers les carrières médicales les moins contraignantes ou les plus rémunératrices. Il n’en demeure pas moins que certains étudiants qui ont travaillé n’ont pas pu intégrer le cursus et s’expatrient pour 6 ans avant de revenir passer l’examen classant.

La PACES : première Année Commune aux Études de Santé

L’accès est libre avec près de 60 000 étudiants inscrits. Le numerus clausus impose une sélection draconienne. C’est un gâchis avec 12 à 17% de reçus selon les facultés. L’augmentation du numerus clausus à près de 8 000 est dérisoire car 9% des étudiants envisagent de s’installer en libéral. Leur souhait est de ne pas travailler plus de 45 heures par semaine. La conséquence directe de l’existence du numerus clausus est tangible : plus de 20 000 étudiants français sont partis ces dernières années faire leurs études à l’étranger : Belgique, Bulgarie, Roumanie et plus récemment en Espagne, cette dernière ayant instauré un système de formation continue sans examen sélectif.
La question est de savoir combien reviendront s’installer en France dans une profession martyrisée et exsangue.

L’ECN

La sélection a été faite au début des études médicales sur des critères qui ne permettent bien évidemment pas de savoir si elle donnera de bons praticiens. Elle n’existe plus ensuite, il suffit d’être patient, même en « séchant » certains stages. Paradoxe, l’examen final national n’est que classant (ECN). Il offre plus de places qu’il n’y a de candidats puisque 600 postes de médecine générale ne sont pas pourvus depuis plusieurs années. Une mauvaise note n’empêche pas d’être interne, ce qui est une insulte au bon sens.
Nombre d’étudiants préfèrent redoubler une année plutôt que de choisir une spécialité ou une ville de faculté qui ne leur conviendrait pas. La réforme prévoit d’obliger l’étudiant à commencer son cursus en ayant le droit de repasser l’ECN l’année suivante pour un meilleur choix.
L’informatisation sur tablettes de l’examen ne changera pas la situation. Les étudiants qui sont partis en Roumanie ne disposent pas de tablettes pour s’exercer. Le stress que subissent ces étudiants explique peut-être les récents suicides.

La réforme des études de médecine

Quels sont les trois objectifs de la réforme en cours ?

1. L’efficacité de la formation : à la fin de son cursus l’étudiant doit avoir un diplôme d’étude spécialisé qui correspond au métier qu’il exercera.

2. La mise en place de quotas pour les filières hyper spécialisées est proposée afin de faire correspondre le nombre de spécialistes aux besoins.

3. Les diplômes délivrés par l’État français doivent correspondre aux disciplines reconnues sur le plan européen. Ce n’est pas actuellement le cas pour la spécialité de chirurgie générale qui a été supprimée. La spécialité de médecine générale avec un Internat obligatoire a allongé la durée de formation.

Devenus spécialistes, ces étudiants devront faire un post-Internat pour avoir droit d’accès au secteur II. La plupart resteront à l’hôpital ce qui déséquilibrera encore un peu plus le système de soins.

Le post-Internat

Le post-Internat a commencé sa mue dès 2011. Les acteurs concernés aux ministères de la santé et de l’enseignement supérieur, les étudiants, les internes et les doyens ne s’entendent pas sur les objectifs. Aujourd’hui, les internes qui souhaitent se lancer dans une carrière hospitalo-universitaire se partagent 7000 postes de post-Internat. Pourquoi un interne fait-il le choix d’un post internat ? Pour acquérir une autonomie d’exercice, pour compléter sa formation, pour accéder à une carrière universitaire, pour ménager des possibilités de carrière ou par peur de l’installation…

Les acteurs du post-Internat sont à la fois un maillon pour les soins, l’enseignement et la recherche. Le repos compensateur imposé par Bruxelles et la réforme des 35 heures à l’hôpital entrainent des contestations qui ne sont qu’à leur début. La loi santé sera amendée au Sénat et reviendra à l’Assemblée Nationale en Septembre.

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