Les professions médicales et para-médicales sont parmi les plus touchées par le burn-out. Explications.

Toutes les études concordent : quel que soit le métier exercé (généraliste, interne, hospitalier, infirmière, sage-femme…), le taux de burn-out approche, voire dépasse les 40% parmi les professionnels de santé. Plusieurs facteurs spécifiques expliquent ce niveau inquiétant – le plus élevé de tous les métiers – explique Sarah Dauchy, psycho-oncologue à l’Institut Gustave Roussy à Villejuif (Val-de-Marne) : une charge émotionnelle très forte, des horaires changeants qui pèsent sur la vie familiale et sociale, un rythme de travail excessif et une forte tension, « surtout pour les non-décideurs qui sont soumis à des décisions changeantes et parfois contradictoires ».

A cela, il faut ajouter aussi des risques d’erreur aux conséquences dramatiques, des traitements qui peuvent se révéler toxiques, et un « idéal du soin » à la fois personnel et collectif, qui se heurte aux réalités des limites de la médecine. « Dans une société qui rêve de zéro douleur et de zéro détresse, les notions de « soigner », de « guérir » doivent être réexaminées », constate la spécialiste.

Et comme si cela ne suffisait pas, il y a également des exigences de rentabilité fortes, notamment à l’hôpital, un manque de reconnaissance des patients et des conflits éthiques récurrents: « Que répondre, par exemple, à des parents qui exigent des soins coûteux et douloureux pour leur enfant alors que la situation est critique, voire désespérée ? », explique-t-elle. Difficile, dans ces conditions, d’éviter un double écueil : le surinvestissement d’un côté ou, à l’inverse, la prise de distance vis-à-vis des malades pour se protéger soi-même. D’autant que les professionnels ont souvent du mal à reconnaitre leurs propres difficultés. Ainsi, la « ligne verte » qu’elle a initiée à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif (Val-de-Marne) pour les soignants n’a reçu, en six mois, que… deux appels en tout et pour tout ! « Non pas que le personnel se sente peu concerné, mais il a tendance à penser que c’est forcément pour les autres », observe-t-elle.

Comment dans ces conditions, de prémunir du burn-out ? Sarah Dauchy suggère quelques pistes. « Il faut tout d’abord se reconnaitre comme potentiellement vulnérable et savoir que le travail que l’on fait est associé à un risque. » Elle précise : « Cela suppose d’être conscient de son état de souffrance individuelle, de passer de la plainte générale (« C’est dur pour tout le monde ») à l’approche personnelle (« Je vais mal »). Ensuite, il faut trouver ses propres solutions : relaxation, méditation, thérapies cognitivo-comportementales (TCC). »

Cela exige également de se livrer à « un vrai travail réflexif sur les propres priorités, car on peut accepter de souffrir sur certains points non gérables, mais à condition de conserver ses priorités ». Celles-ci sont propres à chacun: plaisir d’accomplir les tâches exigées ou attention portée dans le lien à l’autre, augmentation financière ou reconnaissance symbolique, relations avec ses pairs ou avec la hiérarchie… Bref, il importe de « se parler dans l’équipe, de communiquer sur ses propres attentes. Et, surtout, de hiérarchiser ses attentes ». L’enjeu n’est pas mince: « Faire en sorte que son boulot et soi-même soient le mieux adapté possible l’un à l’autre ». Autant dire que, pour certains, c’est presque l’oeuvre d’une vie.
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