Bernard Debré à Alain Juppé : «As-tu perdu la tête ?»

Bernard Debré à Alain Juppé : «As-tu perdu la tête ?»

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Lettre ouverte de Bernard Debré à Alain Juppé

Cher Alain,

Nous nous connaissons depuis des dizaines d’années, lorsque tu étais à la Mairie de Paris, au début des années 1980. Nous avons siégé dans le même gouvernement lorsqu’Edouard Balladur en était le Premier Ministre. Je t’ai apprécié, même si nous avons eu de multiples divergences, souvent superficielles, rarement au fond.

Lorsque tu as décidé de te présenter à la primaire de la Droite et du Centre, bien qu’étant derrière François Fillon sans jamais hésiter, j’ai vu ta candidature avec sympathie. Le débat, ai-je pensé, allait être d’une haute tenue, d’ailleurs le premier tour l’a été.

Il est vrai que tu te voyais déjà Président de la République, les sondages t’avaient placé depuis si longtemps en tête sans que personne ne puisse espérer te dépasser. C’était ton rêve depuis 1988. Je te rappelle que tu nous avais annoncé, lors d’un dîner restreint au ministère du budget en janvier 1988, que tu voulais être Président de la République. Nous aurions pu te suivre à cette époque…

Mais le premier tour de la primaire a dû être pour toi une grande déception. Si tu avais été digne, tu aurais abandonné la compétition, l’écart entre ton score (28,5%) et celui de François Fillon (44,1%) étant sans appel. Cette décision aurait sans aucun doute réuni notre famille politique, et j’avais pensé que tu y étais favorable, toi qui, depuis si longtemps, a prôné l’unité.

Tu as voulu continuer. C’est notre démocratie de la primaire, c’est la « démocratie ». Nous nous attendions à un débat éthique, passionné mais digne. Or, ton attitude est devenue inacceptable. Tu es agressif, utilisant des arguments falsifiés, mensongers, attaquant l’homme plus que son programme. Certains de nos amis qui te regardent et t’écoutent sont abasourdis.

As-tu perdu la tête ? Que t’arrive-t-il, toi qui as été, je le rappelle, à l’origine de l’UMP, toi qui as été Premier ministre de Jacques Chirac, toi qui as été ministre d’Etat de Nicolas Sarkozy ?

Comment oser affirmer que François Fillon soit contre l’avortement et veuille en abolir la loi ? Dis-toi bien que s’il en avait été ainsi, je ne l’aurais pas soutenu, moi qui suis chirurgien et qui ai vu les ravages mortels de l’avortement clandestin. J’ai vu mourir des jeunes filles aux urgences de l’hôpital qui s’étaient faites avorter dans des arrière-boutiques de faiseuses d’anges. Ton affirmation est non seulement fausse, mais aussi et surtout nauséabonde.

Il en va aussi du mariage entre personnes de même sexe. Tu oses affirmer que François Fillon y est opposé, alors qu’il a dit et écrit à plusieurs reprises le contraire. Ton affirmation est à nouveau nauséabonde.

Tu voudrais faire passer François Fillon pour un extrémiste, à la limite fasciste, alors qu’il est tout le contraire et tu le sais. Il est démocrate, libéral et de droite, mais de cette droite moderne et modérée, luttant contre l’extrême-droite et tous les extrêmes avec toute sa force et son âme.

Ces accusations de ta part sont monstrueuses et inacceptables.

Mais que cherches-tu ? Au lieu de prendre de la hauteur et de débattre devant les Français, tu tombes dans la fange. J’en suis attristé et même révolté !

Tout le monde s’accordera à dire que je n’étais pas sarkozyste, mais lui, au moins, a fait preuve d’élégance et d’un vrai sens éthique en annonçant son retrait et en demandant à ses amis de se réunir avec ceux de François Fillon.

Je me suis donc trompé sur toi. Tu es devenu méchant et menteur. Quel est ton but : être Président ? Tu sais au fond de toi que cela n’est plus possible. Salir ton camp par des mensonges éhontés n’est pas acceptable. As-tu donc oublié tes fonctions antérieures ? Je suis triste et révolté, je voulais te le dire avec force.

 

Bernard DEBRE
Ancien ministre
Député de Paris

Source:  http://www.bernarddebre.fr/2016/11/22/lettre-ouverte-a-alain-juppe-2/

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4 COMMENTS

  1. Merci de remettre les pendules à l’heure; moi qui fait de la protection animale depuis 35 ans, je ne me permettrais jamais de critiquer de cette manière la S.P.A Nationale, car il y a trop de S.P.A. RÉGIONALES très authentiques et bienfaisantes.

    Effectivement M. SARKOZY a su se retirer avec élégance et montrer un esprit de GROUPE afin de faire gagner son parti.

    Ce délire ne lui profitera surement pas. Heureusement tôt ou tard, on récolte ce que l’on sème. Ceci aide à vivre les gens authentiques et honnêtes!

    Merci d’être intervenu. Chaleureusement vôtre Monique VOISIN AIDOFÉLINS Tarn

  2. Cher Bernard,

    Bravo pour cette analyse pertinente. Tu sais mieux que moi ce dont tu parles. J’ai eu, ainsi que beaucoup de mes amis, le même sentiment. Que signifie le mot rassembler alors que ce prétentieux va diviser le camp de droite par son maintien stupide. Quelle grandeur s’il avait démissionné. En fait, ce personnage se fout de la France. Il n’a pas perdu la tête. Ce qu’il veut, c’est satisfaire son propre égo. Cela est d’un goût qui me laisse une certaine amertume au fond de la gorge. L’homme n’est pas digne de la fonction suprême. Amitiés.

  3. C’est une véritable honte de charger ainsi un des rares candidats à avoir eu une attitude respectueuse depuis le début des débats.
    Juppé n’a fait que demander des explications sur un propos malheureux ou mal tourné de son collègue.
    Le débat est clos comme l’ont dit l’un et l’autre, alors pourquoi jetez-vous de l’huile sur le feu ?
    Il est vrai que vous êtes vous-même engagé politiquement et donc prêt à toutes les manœuvres.
    Je n’ai rien contre François Fillon et je voterai volontiers pour lui s’il est choisi mais votre attaque gratuite n’apporte rien d’autre au débat qu’un peu de fange supplémentaire.
    Vous n’en sortirez certes pas grandi !!
    Pour ma part, je continue à mobiliser toutes les forces en faveur d’Alain Juppé dont je crois qu’il peut encore créer la surprise car son programme est plus raisonnable que celui de son ami.
    Salutations

    • Bonjour,
      Son propre camp lui reproche ses outrances Jean-François Boyer.
      Ils font partie de la même famille, comment peut-ont à ce point mentir !

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