Autopsie du Mal Français : Le conservatisme

Autopsie du Mal Français : Le conservatisme

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Dans un monde ouvert, marqué par le changement, l’évolution incessante et l’innovation, la complexité, l’imprédictibilité, le conservatisme économique et politique constituent sûrement une posture suicidaire. Le conservatisme économique est grandement le fait de la puissance des corporatismes et des syndicats, arc-boutés sur la défense de leurs positions acquises (justifiées dans le passé mais intenables aujourd’hui).

De manière chronique, chaque profession (les cheminots, les pilotes, les huissiers, les taxis, les agriculteurs…) paralysent l’économie pour maintenir le statu-quo. C’est un rituel implacable devant lequel recule chaque gouvernement, qu’il soit de droite comme de gauche malgré les dégâts économiques que ces paralysies entraînent. Il va sans dire que les gouvernants s’empressent de nous rassurer que le « modèle social » français sera préservé alors même que l’implosion de notre économie est le plus sûr moyen de couler ce modèle.

Au passage, si c’était véritable un « modèle », pourquoi le reste du monde ne s’en inspire-t’il pas. N’est-ce pas la définition d’un modèle ? Autre indice tout aussi significatif, quand on regarde les plus grandes entreprises côtées à Wall-Street aux Etats-Unis – ou le palmarès des 500 plus grandes fortunes publié par le magazine Fortunes – on constate un profond renouvellement tous les 20 ans. Quand j’étais étudiant en économie, Google, Facebook, Microsoft, Tweeter… n’existaient pas. Et bien malin celui qui peut nous dire quels seront les géants américains de demain.

Le contraste est grand avec la France alors que la plupart des grandes entreprises de CAC 40 étaient déjà là 30 ans plus tôt. Quant au conservatisme politique, c’est sans doute la pire caractéristique de l’exception française.

Encore une fois, la comparaison avec les Etats-Unis (ou l’Allemagne) est sans appel. Là-bas, quand un président perd les élections, il se retire de la vie politique avec l’ensemble de son administration ainsi désavouée, à charge du parti de faire émerger un candidat nouveau. Chez nous, ce processus ne fonctionne pas au point que l’on voit réapparaître les mêmes en place depuis des décennies. A gauche, Laurent Fabius, ancien premier ministre de François Mitterrand, est aujourd’hui ministre des affaires étrangères de François Hollande. A droite, on retrouve Alain Juppé – on ne peut pas vraiment dire qu’il soit un nouvel arrivant – affiche ses prétentions présidentielles. Or, tous ces hommes et femmes politiques, qui semblent gérer une rente à vie, ont conduit la France là où elle est aujourd’hui. Il est vrai que l’on ne change pas une équipe qui perd.

Et que penser du retour de Sarkozy, battu par François Hollande, lequel envisage sans doute de se représenter… Si notre pays n’est plus à la pointe des innovations, de la croissance économique, il y a fort à parier que ces conservatismes en sont la cause majeure. Mais, on ne voit pas comment les dirigeants donneraient l’exemple, en supprimant les rentes politiques dont ils bénéficient.

La monarchie française a été balayée par la révolution pour ne pas avoir voulu entreprendre les réformes défendues par Turgot (abolition des privilèges). L’Union Soviétique s’est effondrée là encore parce que ses dirigeants, coupées de la base – n’a pas voulu faire aboutir les réformes lancées par Gorbatchev. C’est un avertissement historique : le conservatisme est un suicide économique et politique.

Jean Louis Caccomo

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